2015-06-19 17:45

Clinique privée sous enquête pénale après cinq morts

Enquête

A Bussigny, First Immune SA a été fermée et ses équipements saisis. L’établissement, qui soigne le cancer grâce à une protéine miracle, a été dénoncé pour pratiques douteuses.

La clinique First Immune AG fermée depuis des mois sur ordre de justice.

La clinique First Immune AG fermée depuis des mois sur ordre de justice.

(Photo: FLORIAN CELLA)

  • Emmanuel Borloz

Cancer, Sida, autisme, herpès, dépression, psoriasis, fatigue chronique, hépatite, acné, cirrhose, ostéoporose, maladie de Crohn, Parkinson ou encore Alzheimer. Sans oublier de nombreuses allergies. La liste des pathologies qu’une clinique privée installée à Bussigny assurait pouvoir traiter grâce à l’injection d’un produit naturel controversé, la protéine GcMAF (lire ci-contre), est impressionnante. Un peu trop, même.

Car l’établissement en question, First Immune SA - qui tient plus de la maison de maître que de la structure médicale -, est fermé depuis plusieurs semaines, après avoir été perquisitionné par la police de fond en comble. Le centre est actuellement au cœur d’une vaste enquête judiciaire. Comme dans d’autres pays d’Europe.

En terre vaudoise, l’affaire commence fin 2014, au CHUV, où cinq personnes hospitalisées décèdent. Après enquête et recoupements, l’hôpital universitaire, qui pense avoir des raisons de s’interroger sur ces morts, découvre que les cinq patients sont tous passés par la clinique privée de Bussigny. Selon nos informations, il s’agit essentiellement de ressortissants étrangers souffrant de cancer en phase terminale. Moyennant quelque 5000?euros par semaine, ces patients étaient traités dans la clinique et logés dans un hôtel de l’Ouest lausannois.

Secret médical levé
Conforté dans l’idée que tout n’est pas rose au sein de l’établissement qui promet monts et merveilles sur Internet, le CHUV dénonce le cas au Ministère public central dans la foulée. «Nous avons signalé des décès survenus au CHUV de patients traités dans la structure de Bussigny. Nous l’avons fait après avoir découvert un faisceau d’indices concordants qui témoignent de pratiques douteuses», confirme Darcy Christen, porte-parole du CHUV, qui n’en dira pas plus sur la nature de ces indices.

Pour autant, assure encore le porte-parole, le dossier est solide puisqu’il a convaincu le médecin cantonal de lever le secret médical. Une condition sine qua non pour livrer l’identité des patients décédés à la justice. «Nous avons jugé ces situations suffisamment sérieuses pour essayer de comprendre ce qui se passait à Bussigny, car la clinique First Immune n’est pas officiellement enregistrée en Suisse. Pour nous, elle n’existait donc pas et nous ne savions pas trop ce qui s’y passait. En outre, le GcMAF n’est pas autorisé en Suisse», précise Karim Boubaker, médecin cantonal qui évoque «un exercice illégal de la médecine» et dont les services ont également saisi la justice l’hiver dernier.

Il n’en fallait pas plus pour ouvrir une enquête judiciaire, dont l’une des premières étapes a été une perquisition des lieux en mars. Sur place, tous les équipements trouvés ont été saisis par la police et les quelques personnes présentes - deux infirmières et deux médecins à notre connaissance - ont été emmenées au poste.

Produits en cours d’analyse
Quant aux différents produits trouvés dans les locaux de First Immune, ils ont été envoyés à Swissmedic pour analyse. «Des opérations étant actuellement en cours et pour ne pas prétériter la procédure, je ne ferai aucune déclaration», se contente de lâcher le procureur Eric Mermoud.

Toujours au chapitre judiciaire, conseillant respectivement le président du groupe First Immune et l’un des médecins du centre de Bussigny, Mes Jean-Philippe Heim et Jacques Barillon ne sont guère plus loquaces. «Aucun commentaire!» lancent les deux avocats. «L’enquête devra déterminer si les patients sont décédés des suites de leur maladie ou du fait des traitements de First Immune. Il s’agit de la question la plus difficile du dossier», explique de son côté Karim Boubaker.

Derrière cette affaire aux ramifications internationales se trouve un ressortissant anglais: David Noakes. A la tête du groupe First Immune, basé à Guernesey, l’homme d’affaires, sans formation médicale, est prochainement convoqué par la justice vaudoise. Contacté en milieu de semaine, David Noakes se retranche lui aussi derrière la réponse qui semble être la règle dans ce dossier: «No comment!»

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