2019-05-23 17:15

21'600 francs d'amende pour une partie de tennis sauvage

Activisme

Des membres du collectif Lausanne Action Climat viennent d’être condamnés pour une action menée au Credit Suisse.

L’action avait été coordonnée entre Lausanne, Genève et Bâle.

L’action avait été coordonnée entre Lausanne, Genève et Bâle.

(Photo: Lausanne Action Climat)

  • Emmanuel Borloz

À Lausanne, à Genève et à Bâle, l’opération avait eu lieu en même temps. En novembre dernier, des activistes avaient fait irruption dans des succursales de Credit Suisse déguisés en joueurs de tennis.

Baptisée «Si Roger savait», l’action visait à dénoncer «l’hypocrisie» de la deuxième banque du pays, «qui s’associe, campagne de pub après campagne de pub, à l’image positive de Roger Federer tout en participant sans vergogne à la destruction de l’environnement et au réchauffement climatique», dénonçait le collectif, qui pointe ses investissements dans les énergies fossiles. Dans la capitale vaudoise, pour faire passer le message dans l’agence de Saint-François, une trentaine de membres du collectif Lausanne Action Climat (LAC) avaient organisé un simulacre de match de tennis, restant dans les locaux de la banque environ une heure et demie.

Credit Suisse avait porté plainte, les sanctions viennent de tomber. «Treize d’entre nous ont reçu une amende ferme de 600 francs, convertibles en vingt jours de prison ainsi qu’à trente jours-amendes», détaille Alexandra Slotte, 21 ans.

En ajoutant les frais de justice à la douloureuse, l’action menace de coûter 21'600 francs aux manifestants, contre qui ont été retenues les charges de violation de domicile, défaut de demande de manifester ainsi qu’infraction à la loi sur les contraventions, pour ne pas avoir respecté les injonctions des policiers venus les déloger. «Mais la contrainte n’a pas été retenue. L’action est restée totalement pacifique et bon enfant», relève Paul Castelain, 22 ans.

Comme l’immense majorité des activistes amendés, dénonçant une sanction disproportionnée, le jeune homme a fait recours contre sa condamnation. Et se dit prêt à aller jusqu’au bout «de l’absurde», quitte à passer par la case prison. «Nous dénonçons un droit inadapté qui permet de condamner une action non violente alors que rien n’est mis en place contre un système qui nous condamne tous.»

Pour le bras de fer judiciaire qui s’annonce, les activistes ne sont pas seuls. Assurant qu’ils ont le soutien de personnalités telles que Jacques Dubochet et comptant sur des interpellations politiques à venir, ils s’en remettent aussi à leur avocate, Me Irène Wettstein, qui annonce que leur défense s’articulera autour de la notion de légitimité ou encore d’état de nécessité.

En toile de fond, cette affaire pourrait également concerner les autres actions de désobéissance civile enregistrées dans le canton ces dernières semaines, comme les récents blocages de ponts pour le climat. «Avec nous, on veut faire des exemples», soupirent les activistes.

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