2016-11-16 14:29

Soupçon de délit de faciès suite à une interpellation musclée

Lausanne

Un joggeur cap-verdien arrêté par erreur avait porté plainte contre la police. La gauche a demandé des explications lors du Conseil communal.

image d'illustration.

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(Photo: Eric Jaquerod)

  • Cindy Mendicino

Le 28 octobre dernier, Claudio, un jeune cap-verdien qui faisait son jogging à proximité de la place du Tunnel, à Lausanne, avait été brutalement interpellé par erreur. Roué de coups, s'estimant injustement traité et dissuadé de porter plainte, l'homme avait témoigné dans Le Matin.

Mardi, le quotidien nous apprenait que l'affaire déborde désormais aussi bien sur le champ judiciaire que dans l'arène politique. Le jeune homme a déposé une plainte pénale contre inconnus auprès du Ministère public vaudois.

Au Conseil communal de Lausanne, c'est la gauche qui, à plusieurs reprises, est intervenue sur cet épineux sujet mardi soir. Les Verts ont tout d'abord exposé leur préoccupation vis-à-vis des propos tenus dans le Matin par le porte-parole de la police lausannoise.

Il avait déclaré que l’homme “correspondait en partie aux critères des personnes recherchées, notamment sa couleur de peau.” “Il est consternant, a dit l’élue Verte Anna Zangger, que la police justifie une interpellation qui était fondée sur un délit de faciès par un délit de faciès.” Elle a demandé au municipal de police, le PLR Pierre-Antoine Hildbrand si ces propos reflètent l’état d’esprit général de la police.

Le municipal a souligné que lors d’une intervention “la police doit respecter l’interdiction de discrimination” et qu’elle doit “se fonder sur des raisons concrètes, objectives suffisantes”. Il a en outre souligné qu’il n'adhère pas à la description faite des événements mais que c’est désormais à l’enquête de déterminer ce qu’il s’est passé. “Il convient aussi d’analyser les mots du porte-parole de la police”, dit-il .

Avant de poursuivre, choisissant soigneusement ses mots à lui: “effectivement, à ce moment-là, des personnes correspondant à ce signalement étaient recherchées. Il ne faut donc pas interpréter des personnes recherchées sur la base uniquement, par exemple, de la couleur de peau. Il y avait effectivement, de ce que la police me dit, des recherches menées objectivement sur un certain nombre de personnes qui correspondaient au signalement. Dans ces conditions, il ne peut pas être question d’un délit de faciès. Dans notre analyse.”

L’élu a par ailleurs rappelé qu’un registre des contrôles est tenu au sein de la police qui vise à vérifier si des personnes sont victimes de traitements injustes.

Le socialiste Louis Dana a lui aussi exprimé sa préoccupation à l’égard de l’interpellation de Claudio. Il a déclaré que quelques unes de ses connaissances ont assisté à l’entier de la scène, attablés dans le restaurant chez Xu. “Ils réfléchissent à témoigner en faveur de la personne passée à tabac”, a-t-il expliqué.

Mais il est surtout revenu sur les dires de Claudio dans la presse quant à l’accueil qui lui a été réservé au poste de police, au moment de se renseigner pour porter plainte contre la police. Il dit en avoir été dissuadé. Quelles sont les pratiques en vigueur ?

Le municipal Hildbrand s’est à nouveau chargé de répondre, se fondant sur le règlement. Il a rappelé que toute plainte de personnes s’estimant victimes d’une infraction doit être prise en compte par la police. Et que ces plaintes peuvent être enregistrées dans tous les postes de police.

Claudio a été reçu “personnellement par l’officier chef de section. Il lui a été spontanément proposé de l’acheminer vers l'hôpital pour recevoir des soins, ce qui est prioritaire en cas de blessure. La police a aussi spontanément avisé le procureur de service de la situation.”

Le municipal a aussi rappelé qu’il n’existait pas d’urgence pour la plainte, puisqu’une personne a trois mois pour en déposer une. Une plainte qui viserait la police de Lausanne doit être faite auprès du ministère public, comme Claudio l’a fait, a en outre souligné l'élu.

C’est le membre de solidaritéS Pierre Conscience qui a mis fin aux interventions sur le sujet, en s’intéressant pour sa part aux mesures susceptibles d’êtres mises en place pour éviter ce genre d’affaire. Elles génèrent selon lui “un sentiment d’insécurité” face à la police. Il suggère notamment la “mise sur pied d’une instance indépendante de plaintes, à la disposition des personnes qui se sentiraient victimes d’abus policiers, comme le préconise Amnesty International.”

Le dispositif interne à la police est suffisant, a rétorqué Pierre-Antoine Hildbrand, pour savoir s’il y a des comportements “chicaniers” de la part des agents. Ces pratiques ont un problème “d’indépendance”, réagit Pierre Conscience.

Son groupe a d’ailleurs lancé mardi un formulaire qui vise à recueillir les témoignages de personnes s’estimant victimes de mauvaises pratiques policières.

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