2017-09-20 21:04

Isabelle Moret, une campagne chaotique

Election au Conseil fédéral

La conseillère nationale vaudoise n’a pas convaincu l’Assemblée fédérale. Son échec est aussi celui du PLR vaudois, qui n’a pas porté sa championne.

Isabelle Moret prend dans les bras le vainqueur Ignazio Cassis à l’issue du deuxième tour de scrutin.

Isabelle Moret prend dans les bras le vainqueur Ignazio Cassis à l’issue du deuxième tour de scrutin.

(Photo: Keystone)

  • Renaud Bournoud

«Le PLR Vaud adresse à Isabelle Moret ses sincères félicitations et ses compliments pour le brillant parcours effectué.» Dans son communiqué de presse, le parti cantonal s’est senti obligé d’insister lourdement sur «l’excellente candidate». Lui qui a fait le service minimum durant cette campagne. La plupart des élus vaudois étaient aux abonnés absents. Une ambiance qui tranche avec celle de nos voisins genevois, dont une bonne partie de la classe politique était derrière la candidature de Pierre Maudet.

«Lancer Isabelle Moret était tout à fait légitime, estime Frédéric Borloz, président du PLR Vaud. Le parlement n’aurait pas accepté qu’il n’y ait aucune femme sur le ticket.» La conseillère nationale de Yens-sur-Morges est la seule femme PLR latine sous la Coupole. Mais Isabelle Moret semble avoir pâti d’un parti cantonal en ordre dispersé et d’une campagne chaotique. Surtout, les Vaudois seraient déjà «servis» au Conseil fédéral avec l’UDC Guy Parmelin. Comme l’ont seriné les Alémaniques. «Un deuxième Vaudois, c’était presque rédhibitoire pour certains collègues», relève le conseiller national Olivier Feller. Cette petite chanson a aussi trouvé un écho dans le canton. «Les Vaudois sont des gens respectueux des institutions, alors avant que nous lancions Isabelle Moret, certains estimaient que le tour du Tessin était venu, note Frédéric Borloz. Il y a eu une petite ambiguïté à un moment.»

Une mauvaise dynamique
L’affaire s’est mal engagée. En juillet, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a pris tout le monde de court en annonçant dans les médias son intérêt pour le siège de Didier Burkhalter. Le conseiller aux Etats Olivier Français a fait de même dans la foulée. «Jacqueline de Quattro a ressenti le besoin de marquer son territoire, cela a compliqué le jeu», explique un cacique radical. «Le débat interne a été envenimé par des questions d’ego», se désole un élu local. La direction du PLR Vaud a resserré les boulons. Mais les conditions n’étaient pas optimales pour ranger le parti derrière une candidature vaudoise.

«Isabelle Moret a fait un score plus que convenable si l’on prend en compte la présence de Guy Parmelin au Conseil fédéral et peut-être quelques maladresses de sa part, surexploitées durant la campagne»

«Isabelle Moret a fait un score plus que convenable si l’on prend en compte la présence de Guy Parmelin au Conseil fédéral et peut-être quelques maladresses de sa part, surexploitées durant la campagne, notamment en Suisse alémanique», analyse Olivier Feller. Un autre PLR vaudois se montre plus dur: «Elle est partie la fleur au fusil, mal préparée, mal entourée.» En comparaison avec les deux autres candidats, la campagne de la Vaudoise est apparue un peu légère pour cet élu libéral-radical: «Pierre Maudet s’est entouré d’experts politiques. Ignazio Cassis était toujours seul avec son sac à dos, mais il était extrêmement bien préparé et on sentait qu’il y avait du monde derrière lui. Enfin, Isabelle Moret s’est entourée de juniors, de personnes qui ne connaissent pas bien les arcanes de la politique fédérale.» Elle n’a pas cherché à utiliser davantage des collègues qui se sont montrés loyaux envers elle.

Les stratèges du PLR pressentaient que des attaques sur la vie privée d’Isabelle Moret risquaient de sortir durant la campagne. «Mais, elle pensait que non, personne autour d’elle n’était là pour la préparer, observe un élu. Elle a juste réussi à se mettre les médias à dos pendant que Maudet se les mettait dans la poche.»

La question femme
Les «contradictions» de la candidate ont «déçu» des «grands électeurs». Des hommes. Leurs griefs peuvent se résumer ainsi: d’un côté, Isabelle Moret a affirmé ne pas vouloir mettre en avant son statut de femme, et de l’autre, elle insistait sur sa situation de mère de deux jeunes enfants séparée. Ce qui aurait été une première au collège gouvernemental.

L’histoire l’a illustré, les deux sexes ne partent pas forcément de la même ligne de départ pour la course au Conseil fédéral. C’est en tout cas l’observation de la conseillère nationale Vert’libérale vaudoise, Isabelle Chevalley: «Quand on est une femme en politique, on ne vous pardonne rien. Aujourd'hui, je constate qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour les femmes dans ce monde politique qui est toujours machiste.»

24 heures

L'ambiance dans la commune d'Isabelle Moret.