2019-09-15 08:55

Le Milieu se partage en plusieurs ambiances

Esprit des lieux

À la (re)découverte des bistrots emblématiques de notre canton.

Toute l’histoire de cette pinte est inscrite en façade dans son double intitulé.

Toute l’histoire de cette pinte est inscrite en façade dans son double intitulé.

(Photo: OLIVIER VOGELSANG)

  • Yves Merz

L’entrée du Café Le Milieu, au No 8 de la Grand-Rue, à Begnins, ne paie pas de mine. Mais une fois franchi le pas-de-porte, les clients découvrent un vaste établissement qui comprend six espaces distincts: la pinte, l’ancienne boucherie transformée en salle de restaurant, la véranda, la terrasse, et au sous-sol, le caveau et le carnotzet. Pour Maria Ribo, qui a repris la gestion des lieux en 2017, c’est un sacré challenge. Mais la patronne d’origine espagnole a de l’énergie à revendre et toujours un sourire pour chaque personne qui vient chez elle.

En fait, cette reprise est un retour, car ses parents ont tenu l’établissement entre 1992 et 1998 et déjà, elle bossait avec eux. À cette époque, on allait chez Pépé, surnom du papa cuisinier. Mais à l’origine, dès sa construction en 1838, le café s’est appelé l’Écu de Genève. L’entrée du bistrot se situait côté lac, et donnait sur la rue du tram, qui montait de Gland.

Les anciens ont encore en mémoire la période Olga Oulevay, une Russe arrivée à pied à Begnins. «C’était une petite dame très sympa, se souvient Véréna Glauser, une cliente toujours fidèle du lieu. On nous servait une soupe pour 1 franc.» Comme sa famille avait des vignes, elle faisait son vin dans la cave en dessous de la pinte. La salle voûtée et son pressoir à vis ont été joliment rénovés. Elle sert désormais de restaurant et pour des soirées à thème, ou des concerts cabaret. Un peu à part, le carnotzet est un endroit idéal pour manger la fondue en groupe.

L’établissement a subi plusieurs transformations, notamment quand les frères Pereja, Claude et Marc ont racheté l’immeuble en 2015. En octobre de cette même année, ils ont repris la gestion du café-restaurant à Samia et Markus Florin, tenanciers de 2004 à 2015, qu’ils avaient rebaptisé Le Margaux. Maria Ribo, qui faisait partie de l’équipe dès 2015, dirigeait déjà la barque en l’absence des propriétaires. Elle se souvient très bien du jour où on lui a proposé l’affaire. «Je revenais de vacances à Cuba, Claude m’a dit: «Ce café, c’est ton bébé. Si tu ne le reprends pas, je vends tout.» Depuis, la nouvelle patronne fait le bonheur de sa clientèle.

Ce n’est pas Jean-Marc Aregger qui dira le contraire. Il vient une à deux fois par semaine de Gland pour y boire son verre. «J’aime l’ambiance des pintes parce qu’on peut y aller seul et être sûr de partager le bout de gras avec quelqu’un. Ici, on peut sortir une vanne sans que ce soit mal pris. On rigole bien, le cadre est sympa et le restaurant est de bonne qualité. On y a fêté les 50 ans de ma femme.»

Maria Ribo a soigné sa déco pour que les gens se sentent «comme à la maison». On trouve des livres sur des étagères, un canapé dans la véranda, et les tables de la salle à manger sont des meubles anciens récupérés chez des amis. «Nous nous trouvons dans un lieu chargé d’histoire, qui a une âme, relève la patronne avec une sincère émotion. J’ai donc à cœur de mettre des meubles qui ont aussi leur histoire intime, familiale.» Et les murs sont mis à disposition d’artistes locaux pour leur donner l’occasion d’exposer leurs tableaux ou leurs photographies.

Assise au bar pour l’apéritif, Véréna Glauser apprécie. «J’aime beaucoup ce cadre. C’est mon bistrot depuis que je suis arrivée à Begnins, en 1976. J’avais 20 ans et je n’osais pas entrer dans les cafés. Mais ici, je n’ai pas eu de problème.» Maria, qui a tenu la buvette du club de foot, et participé à l’organisation de marchés et de fêtes au village, s’empresse de préciser que sa clientèle est très jeune. «Je travaille beaucoup avec les sociétés locales. C’est pour ça qu’on fait la pizza à des prix accessibles pour tous.»

À part les pizzas, la carte propose des mets de brasserie variés, avec une petite touche latine, car la patronne aime ramener des idées de ses voyages en Amérique du Sud et le cuisinier, Andrea Usai, est Italien. On y déguste de bons poissons, des ceviches, des bruschettas et le poulpe à la galicienne, mais aussi des plats du terroir et de saison, sans oublier le fameux pavé de lard de Begnins. Tout cela arrosé des vins provenant exclusivement du cru. Mais au fait, pourquoi Le Milieu? «Tout simplement parce qu’il se situe au centre du village, entre les deux autres établissements, l’Écu Vaudois et le Raisin, chez Marie-Jo», explique Maria Ribo, sourire aux lèvres.

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