2019-06-11 19:57

Le «maire des migrants» jugé dans l’Italie de Salvini

Italie

Domenico Lucano est en procès et son village, Riace, est aux mains de l’extrême droite. La fin d’un symbole.

Domenico «Mimmo» Lucano à la sortie du Tribunal de Locri, mardi.

Domenico «Mimmo» Lucano à la sortie du Tribunal de Locri, mardi.

(Photo: ANSA VIA AP)

  • Andrés Allemand

Non, «Mimmo» ne peut pas rentrer vivre dans son village natal. Ainsi en a décidé ce mardi le Tribunal de Locri, en Calabre, au premier jour du procès de Domenico Lucano. Arrêté au début d’octobre et placé en résidence surveillée, l’ancien maire de Riace, célébrissime «village des migrants» qui fut longtemps érigé en modèle d’intégration, est accusé d’avoir organisé des mariages de convenance pour empêcher l’expulsion de requérantes d’asile déboutées. La justice lui reproche aussi d’avoir attribué, sans appel d’offres, la gestion des ordures de son village de 1800 habitants à des coopératives liées aux migrants. Lui-même ne s’en cache pas: il a fait de la «désobéissance civile» pour contourner des lois qu’il juge «inhumaines». Quel que soit le sort qui l’attend, ses souffrances ne sont rien en comparaison de celles endurées par les migrants, a-t-il martelé devant les médias venus assister à l’ouverture du procès.

Mais il y a pire pour «Mimmo». Les bonnes gens de Riace viennent de tourner complètement le dos à son modèle d’intégration lors du scrutin municipal du 26 mai, puisqu’ils ont porté à la mairie Antonio Trifoli, le candidat soutenu par la Lega, parti d’extrême droite de Matteo Salvini, qui a pour slogan «Les Italiens d’abord!» Une formation politique qui s’était pourtant illustrée longtemps par son mépris des terroni, c’est-à-dire les «culs-terreux» du sud de la péninsule.

Ainsi périt l’expérience assez unique du «village des migrants» qui défraya la chronique, quinze ans durant, en accueillant à bras ouvert Kurdes, Syriens, Nigérians et Afghans, afin de repeupler une petite localité à l’agonie, comme il y en a tant dans les campagnes italiennes. L’expérience avait fait sensation, inspirant au cinéaste Wim Wenders un documentaire et propulsant le syndic calabrais parmi les 50 personnalités les plus influentes du monde en 2016 selon le magazine «Fortune».

Jusqu’à récemment, plus de 600 habitants sur 1800 étaient des ressortissants étrangers. À leur arrivée, les migrants étaient nourris et logés gratuitement et percevaient quelque 600 euros dans une monnaie locale (à l’effigie de Nelson Mandela ou encore de Martin Luther King) en échange d’un travail dans l’artisanat local. Histoire de relancer l’activité économique. Aujourd’hui, tous ces ateliers et magasins ont fermé. Le gouvernement italien a coupé les subventions dont bénéficiait le village. Le silence règne à nouveau dans les rues pavées du petit centre historique. Un silence troublé seulement par la musique accompagnant parfois les cortèges funèbres.

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