2015-03-25 23:31

La régénération des Alpes vaudoises prend enfin corps

Alpes vaudoises 2020

Après deux ans de réflexion et de concertation, le Conseil d’Etat livre un programme d’investissements qui doit permettre aux stations de se convertir au «tourisme 4 saisons».

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  • Daniel Audétat

  • Karim Di Matteo

Au début, cela semble être une succession de mauvaises nouvelles. D’abord, il ne faut plus compter sur des «liaisons aériennes» à grand spectacle dans les Alpes vaudoises. Le gouvernement cantonal l’a annoncé mercredi. Il a fait une croix sur les téléphériques spectaculaires Leysin-Villars et Diablerets-Glacier 3000, que projetait la Communauté d’intérêt formée par les neuf communes de la région (CITAV). Ce n’est pas tout. La Commune de Château-d’Œx peut oublier le télésiège qu’elle espérait reconstruire jusqu’au sommet des Monts-Chevreuils.

Dans la région, et tout particulièrement dans le Pays-d’Enhaut, certains auront du mal à admettre tant de renoncements. Mercredi, pourtant, à la suite de leur annonce par trois conseillers d’Etat venus à l’Hôtel de Ville d’Aigle pour y dévoiler leur conception de l’avenir des Alpes, les réactions ont été plutôt positives.

Pour parvenir à ce consensus, le gouvernement aura pris son temps. Car le programme qu’il a présenté mercredi est le résultat de l’examen du fameux «Rapport Alpes vaudoises 2020» que la CITAV lui avait remis en juillet 2013. Chef du Département de l’Economie, le ministre libéral-radical Philippe Leuba explique la situation: «Dans l’intervalle, nous avons mené un intense travail de concertation avec tous les acteurs politiques et économiques concernés, défenseurs de l’environnement compris. Nous nous sommes entendus ainsi sur un programme faisable du point de vue technique et financier.»

Le petit train de la Berneuse
Cheffe du Département des infrastructures, la socialiste Nuria Gorrite enchaîne: «Notre objectif est d’accompagner la transition d’un tourisme encore principalement hivernal vers un «tourisme quatre saisons». Mais nous voulons aussi désenclaver toute cette région en la connectant plus efficacement aux réseaux de transports publics qui se renforcent dans l’ensemble du canton.»

Dans cette logique, le Conseil d’Etat n’a pas tiré un trait sur tous les grands projets. Il a inscrit parmi ses priorités le prolongement du train Aigle-Leysin. La nouvelle gare terminus sera adossée à la station de la télécabine de la Berneuse. Financé par la Confédération, l’investissement est évalué entre 30 et 50 millions. L’inauguration reste espérée pour 2020.

Outre les transports publics et la mobilité, le programme Alpes 2020 s’articule autour de trois autres axes: remontées mécaniques, hôtellerie et activités «quatre saisons». Pour sa seule part, le Canton apportera dans ces trois secteurs une centaine de millions de francs, qui devraient avoir un «effet de levier» sur l’engagement des autres sources de financement.

Pour assurer la viabilité des différents domaines skiables, le gouvernement a décidé de consacrer une subvention globale de 46 millions de francs au renouvellement des remontées mécaniques et à l’enneigement. Vingt et un projets sont retenus. Toutes sources de financement confondues, cela représente un investissement global de 117 millions de francs. Ministre de l’Aménagement du territoire, la libérale-radicale Jacqueline de Quattro a indiqué que les communes qui déclasseront rapidement leurs zones à bâtir excessives bénéficieront d’un «bonus LAT». Celui-ci consistera en une augmentation de la proportion du financement cantonal.

A l’aide des hôtels
Le Département de l’économie disposera, par ailleurs, d’une enveloppe annuelle de 500 000 francs pour favoriser la rénovation des hôtels de la région. Le taux de soutien sera de 10% pour les aides à fonds perdu et de 20% pour les prêts. L’aide récemment introduite par la Confédération s’y ajoutera. «Le montant des investissements retenus par le Conseil d’Etat avoisine les 70 millions», a précisé Philippe Leuba.

Un autre volet d’Alpes 2020 vise à développer les activités «hors ski» des différentes stations. Le Canton estime à environ 60 millions le total des investissements de ces prochaines années. Selon les projets, les taux de financement conjugués du Canton et de la Confédération pourront couvrir jusqu’à 80%.

Jacqueline de Quattro a aussi présenté le plan d’affectation cantonal qui protégera les 1645 hectares de l’espace marécageux situé entre le col des Mosses et La Lécherette. Satisfaite pour l’essentiel par la résolution de ce dossier qui traîne depuis vingt ans, Pro Natura estime «acceptables» les équilibres trouvés dans l’ensemble du cadre d’Alpes 2020.

24 heures

Frédéric Borloz, syndic d’Aigle, député PLR, président des Transports publics du Chablais
Frédéric Borloz, syndic d’Aigle, député PLR, président des Transports publics du Chablais
Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin, hôtelier, président de la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises (CITAV)
Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin, hôtelier, président de la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises (CITAV)
Charles-André Ramseier, syndic de Château-d’Œx
Charles-André Ramseier, syndic de Château-d’Œx
Michel Bongard, secrétaire de Pro Natura Vaud
Michel Bongard, secrétaire de Pro Natura Vaud