2018-10-16 21:59

En Arabie saoudite, la monarchie temporise sur l’affaire Khashoggi

Disparition

À Riyad, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo n’a reçu que l’assurance d’une enquête approfondie sur la disparition du journaliste.

Le Secrétaire d'État américain Mike Pompeo a été reçu mardi par le prince héritier Mohammed Ben Salmane.

Le Secrétaire d'État américain Mike Pompeo a été reçu mardi par le prince héritier Mohammed Ben Salmane.

(Photo: AP/Leah Millis)

  • Cathy Macherel

Comment Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique envers le régime de Riyad, vivant en exil entre les États-Unis et la Turquie, a-t-il pu disparaître le 2 octobre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul? Mardi, Donald Trump a envoyé son secrétaire d’État, Mike Pompeo, à Riyad pour tenter de démêler les fils de cette incroyable affaire, et très certainement aider la monarchie saoudienne, sa proche alliée, à sortir de ce mauvais pas.

Mais à la question posée, la monarchie saoudienne n’a pas encore livré de réponse, bien qu’une rumeur d’une version officielle en préparation circule depuis lundi soir. Une source saoudienne aurait en effet confié à CNN que Riyad serait prêt à reconnaître la mort du journaliste, qui se serait produite au cours d’un interrogatoire ayant mal tourné. Dans cette version des faits, l’interrogatoire aurait été mené «par des agents qui n’avaient pas les autorisations nécessaires», et qui seront donc «sévèrement punis».

On n’en est pas là. Mardi soir, Mike Pompeo n’avait en poche que la promesse du roi Salmane qu’une enquête «approfondie, transparente et rapide» allait être menée par Riyad. Le secrétaire d’État américain a également rencontré en soirée l’homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane.

La pression continue de monter sur la monarchie saoudienne, qui, face aux lourds soupçons, s’est jusqu’ici contentée de mettre la tête dans le sable. Et même plus. Les Saoudiens ont d’abord tenté de falsifier des faits, affirmant que Jamal Khashoggi avait quitté normalement le consulat saoudien le 2 octobre, puis entravé l’enquête, en prétendant qu’aucune image de vidéosurveillance n’était disponible au consulat, pour cause de panne ce jour-là. Sont ensuite sortis quantité d’éléments montrant qu’une quinzaine d’agents saoudiens ont fait un aller-retour de Riyad à Istanbul en cette journée du 2 octobre, pour une opération apparemment très bien préparée.

Après avoir perquisitionné durant huit heures lundi les locaux du consulat, ramenant des échantillons de terre provenant du jardin de la bâtisse, la police turque devait également fouiller la résidence du consul, Mohammad al-Otaibi, apprenait-on mardi par des sources proches de l’enquête. Or les médias turcs affirmaient que le consul a pris l’avion ce même jour à destination de Riyad.

Au fur et à mesure que les indices s’accumulent, pointant la responsabilité de l’Arabie saoudite, les conséquences se font sentir dans le royaume. Mardi, le directeur général de Credit Suisse, Tidjane Thiam, s’est joint à d’autres dirigeants de grandes entreprises pour dire, sans plus de commentaire, qu’il renonçait à participer au sommet Future Investment Initiative. Ce «Davos du désert», comme on le surnomme, doit se tenir du 23 au 25 octobre à Riyad. Or les désistements de hauts responsables de multinationales se multiplient.

Aux États-Unis, d’influents sénateurs républicains ont dit leur ferme intention de sanctionner l’Arabie saoudite et se montrent peu enclins à écouter des explications de Riyad. «Rien ne se passe en Arabie saoudite sans que Mohammed ben Salmane en soit informé. Ce type est un engin de démolition», a déclaré Lindsey Graham dans un entretien accordé à Fox News.

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