2017-03-09 20:28

«Il n'y aura pas d'afflux de toxicomanes à Lausanne»

Drogues

Les habitants du Vallon ont fait part de leurs craintes visant le projet d'Espace de Consommation Sécurisé. Les autorités lausannoises rassurent.

Pour ou contre un local d'injection au Vallon?
Vidéo: Natacha Rossel

  • Marie Nicollier

La séance aurait pu être houleuse. Il n’en a rien été. Mercredi soir, une soixantaine de personnes ont afflué à la Fondation ABS, à la place du Vallon à Lausanne, pour en savoir plus sur le projet d’implantation d’un local d’injection de drogue. L’Espace de consommation sécurisé (ECS), de son nom officiel

. Calmes, modérés, les habitants du quartier ont fait honneur à leur réputation d’ouverture. Mais la tolérance ambiante n’exclut pas des inquiétudes. Y aura-t-il une présence policière renforcée? Doit-on s’attendre à une augmentation des déchets et des nuisances? Les toxicomanes vont-ils affluer en masse? Pour répondre aux questions: les municipaux Oscar Tosato et Pierre-Antoine Hildbrand, accompagnés de Nicolas Pythoud, directeur de la Fondation ABS, chargée d’héberger le local d’injection. Tous ont répété, exemples à l’appui, que l’ouverture d’un lieu à vocation sanitaire, encadré par des professionnels, devrait améliorer à la fois l’ambiance du quartier et la santé des consommateurs.

«Aujourd’hui, les injections se font au vu et au su de tout le monde, à l’orée des forêts, dans les cours d’immeubles ou dans les WC publics»

«Aujourd’hui, les injections se font au vu et au su de tout le monde, à l’orée des forêts, dans les cours d’immeubles ou dans les WC publics, a rappelé le socialiste Oscar Tosato. Les expériences à l’étranger et en Suisse montrent qu’un encadrement permet de diminuer les scènes de la drogue dans l’espace public et de réduire le nombre de seringues abandonnées. Cela finit aussi par faire baisser la consommation.» Son collègue Pierre-Antoine Hildbrand (PLR), membre d’un parti qui s’était opposé à l’ouverture d’un tel local d’injection en 2007, enfonce le clou. «Je faisais partie de ceux qui pensaient qu’un bon coup de balai suffirait à régler le problème. Mais les choses sont plus compliquées. Il n’y a pas de solution magique. J’ai dû regarder la réalité en face.» La police épaulera, assure-t-il, la Fondation ABS dans le contrôle d’éventuelles nuisances.

Autre motif d’inquiétudes: un afflux de «nouveaux» toxicomanes non habitués du Passage (lire l'encadré). Nicolas Pythoud exclut tout appel d’air. «Il ne va pas y avoir d’augmentation massive du nombre de consommateurs. On espère juste en toucher davantage.» Le spectre d’un nouveau Letten, scène ouverte des années 90 à Zurich, hante certains esprits. «Il ne faut pas oublier qu’un toxicomane est souvent dans l’urgence, explique le directeur d’ABS. Il ne va pas venir expressément s’injecter ici depuis Yverdon, par exemple. Il peut donc y avoir un léger déplacement, mais il restera occasionnel.»

«Comment être sûrs que les dealers ne se déplaceront pas ici eux aussi?» s’inquiète une jeune maman. Là encore, les autorités rassurent, annonçant une vigilance policière pour éviter que le trafic ne s’implante au Vallon. «La stratégie n’est pas du tout de concentrer le deal ici, insiste Pierre-Antoine Hildbrand. Au contraire.»

Interdit aux dealers
Le quartier accueille déjà plusieurs structures dites à bas seuil (aide sociale et médicale de base) tels que Le Passage, La Terrasse ou La Marmotte. Oscar Tosato se défend de vouloir «amener de plus en plus de personnes en difficulté dans le quartier», pour reprendre les mots d’un habitant. «Il y a effectivement plus de dispositifs d’accueil ici qu’à Chailly. Ces infrastructures doivent être au centre-ville pour remplir leur rôle. Nous avons vraiment l’espoir que L’Espace sécurisé entraînera des améliorations dans le quartier.» Et d’annoncer des mesures d’accompagnement, décidées en temps voulu, pour régler les éventuels problèmes de voisinage.

Les premiers pas de l’ECS – projet pilote sur trois ans – seront scrutés par un groupe d’encadrement dont fera partie l’association des habitants du quartier. Favorable au local, cette dernière demande à la Municipalité, en contrepartie, une attention plus soutenue à l’entretien de l’Espace public.

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