2019-10-23 20:19

Un camion renfermait 39 cadavres près de Londres

Royaume-Uni

Le poids lourd dans lequel les corps ont été découverts venait de Bulgarie. Le chauffeur a été arrêté pour meurtre.

La police a procédé à l’analyse forensique du camion.

La police a procédé à l’analyse forensique du camion.

(Photo: AP)

  • Yannick Van der Schueren

L’horreur. Trente-neuf corps, dont celui d’un adolescent, ont été découverts dans la nuit de mardi à mercredi dans la remorque d’un camion frigorifique dans une zone industrielle de la ville de Grays, à 30 kmde Londres. Il n’y avait aucun survivant. Le chauffeur du poids lourd, un Nord-Irlandais de 25 ans, a été arrêté pour meurtre et placé en garde à vue.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le véhicule venait de Bulgarie. Il est entré au Royaume-Uni par le port de Purfleet sur la Tamise en provenance de Zeebruges en Belgique, a indiqué la police britannique, qui avait auparavant évoqué le port de Holyhead, au Pays de Galles, qui dessert notamment l’Irlande. Le Parquet fédéral belge a donc ouvert une enquête.

Des migrants?

Aucune information n’a encore été fournie sur l’origine des victimes ni s’il s’agissait de migrants. «Le processus d’identification des victimes est en cours et celui-ci devrait prendre du temps», a précisé le chef de la police locale, Andrew Mariner. Le camion a été déplacé dans l’après-midi «vers un emplacement sécurisé afin que les corps puissent être récupérés», a indiqué la cheffe adjointe de la police du comté de l’Essex, Pippa Mills. Les autorités ne confirment pas pour l’instant, mais tout porte à croire qu’il s’agit d’un cas de trafic d’êtres humains. De nombreux migrants tentent de rejoindre le Royaume-Uni en se cachant dans des remorques de camion ou en utilisant des embarcations pour traverser la Manche.

Alerté en début de matinée, le premier ministre, Boris Johnson, s’est dit «horrifié» par ce drame. C’est une «tragédie humaine», a de son côté déclaré son homologue irlandais, Leo Varadkar. Selon la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, les services de l’immigration travailleront «étroitement» avec la police pour établir comment «cet événement horrible a pu se produire». «Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est l’un des plus horribles crimes contre l’humanité et contre les personnes», a-t-elle ajouté alors qu’elle était interpellée au parlement sur les questions d’immigration clandestine. Le nombre de migrants empruntant la «route des Balkans» est «relativement élevé» actuellement. Un drame comme celui de mercredi «est justement ce que je craignais», a déploré Gerald Tatzgern, chef de l’Office autrichien de lutte contre le trafic d’êtres humains.

Des précédents

En juin 2000, 58 immigrés clandestins chinois avaient été retrouvés morts dans la remorque d’un camion à Douvres. Lors du procès qui s’est tenu en 2001, l’un des deux survivants avait expliqué que sur le ferry, à mi-chemin entre Zeebruges et Douvres, le chauffeur avait fermé le soupirail de ventilation du camion. Les migrants avaient alors tenté de sortir, hurlant au secours, avant de succomber les uns après les autres. Le routier néerlandais a été condamné en 2002 à 14 ans de prison pour homicides involontaires et trafic de clandestins.

En août 2015, au plus fort de la crise migratoire, 71 corps avaient été extraits d’un camion frigorifique abandonné sur une aire d’autoroute en Autriche, près de la frontière avec la Hongrie. Cinquante-neuf hommes, huit femmes et quatre enfants, dont un bébé, originaires de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, espéraient rejoindre l’Allemagne. Ils ont péri asphyxiés dans le compartiment étanche que les passeurs avaient refusé d’entrouvrir. Entassés dans 14 m2, ils ont succombé en moins de trois heures. Les quatre principaux trafiquants impliqués dans cette tragédie ont été condamnés à des peines de 25 ans de prison en juin 2018.

L’onde de choc provoquée par ce drame avait favorisé l’ouverture momentanée des frontières aux centaines de milliers de migrants désireux de rejoindre l’Europe de l’Ouest.

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