2020-03-17 07:37

La France entre en confinement: «Nous sommes en guerre!»

Coronavirus

Emmanuel Macron a annoncé un confinement à l’échelle du pays et ferme à demi les frontières. Soutien massif aux entreprises.

Le président Emmanuel Macron s’est adressé solennellement aux citoyens français lundi soir.

Le président Emmanuel Macron s’est adressé solennellement aux citoyens français lundi soir.

(Photo: EPA)

  • Alain Rebetez

  • Paris

«Nous sommes en guerre!» Répétée à quatre reprises comme un mantra, cette formule du président Emmanuel Macron exprime sa volonté de concentrer tous les moyens de l’État contre l’épidémie de coronavirus, devenue priorité absolue. Première conséquence, la promulgation d’un confinement à l’échelle du pays: dès ce mardi midi «et pour quinze jours au moins», les déplacements seront «fortement réduits». Seuls les trajets nécessaires – faire ses courses, aller se faire soigner, se rendre au travail quand le télétravail n’est pas possible et «faire un peu d’activité physique» – seront autorisés.

Tous ces déplacements doivent se faire seul, les regroupements extérieurs ou même le simple fait de retrouver des amis pour une promenade ensemble seront prohibés, et pour chaque déplacement il faudra se munir d’un document téléchargé attestant sur l’honneur du motif. Les infractions à ces règles seront sanctionnées d’une amende de 38 euros.

Municipales reportées

Dans la foulée, le deuxième tour des élections municipales est reporté, sans que le président ne précise à quelle date ni les modalités. Mais les résultats du premier tour sont validés. Il a d’ailleurs félicité les candidats élus au premier tour (30'000 maires ont été élus dimanche avec leur Conseil municipal complet, sur 35'000 communes dans le pays). Emmanuel Macron a précisé qu’il avait consulté les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale sur cette question, mais aussi ses «prédécesseurs» (Nicolas Sarkozy et François Hollande), signe de sa volonté de s’assurer d’un large consensus politique pour une mesure d’interruption d’un processus politique sans précédent dans l’histoire de la République. Pour cette mesure comme pour le report de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le chômage, le parlement sera réuni et appelé à se prononcer jeudi.

Comme lors de son allocution de jeudi dernier, le président Macron a fait appel à l’union nationale et rendu un hommage appuyé aux personnels soignants des hôpitaux, annonçant que la vente des masques leur serait désormais réservée et qu’en cas de besoin, des taxis et hôtels seront mobilisés en leur faveur. «L’État paiera!» a assuré le président. Pas un mot en revanche pour les commerçants du secteur alimentaire et leur personnel de vente, qui sont pris d’assaut depuis ce week-end et en contact, forcément, avec un très large public. Pourtant ils sont très nombreux, et beaucoup d’entre eux assument leur rôle malgré l’inquiétude d’être contaminés.

Limitations aux frontières

Dans la région du Grand Est, où la situation des hôpitaux est particulièrement critique vu le nombre de cas, l’armée déploiera un hôpital de campagne. Aux frontières de la France, les déplacements non indispensables seront interdits, mais les frontaliers munis des attestations nécessaires pourront continuer à se rendre quotidiennement dans les pays voisins. En revanche, les frontières de l’UE et de l’espace Schengen seront fermées aux citoyens des pays tiers qui n’ont pas de motifs impératifs.

Sur le plan économique, il a annoncé la création d’un fonds de garantie de 300 milliards d’euros pour garantir les reports d’échéance de prêts bancaires des entreprises qui en auront besoin. Pour les petites entreprises en difficulté, «les factures d’eau, de gaz, d’électricité et le loyer seront suspendus». Le président l’a assuré: «Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite.» Pour les salariés, Emmanuel Macron a rappelé le recours massif au chômage partiel. Pour les indépendants, un fonds de solidarité sera créé par l’État.

Le détail de cet impressionnant paquet de mesures n’est pas encore connu. Comme toujours en France, le président énonce les mesures et le premier ministre s’occupe ensuite de les mettre en application. Mais elles témoignent de la volonté du gouvernement d’atténuer les effets économiques de cette crise sanitaire, aussi bien pour les entreprises que pour les individus, et cela quel qu’en soit le prix pour les finances publiques.

Unité et solidarité

En finissant son intervention et en insistant sur les notions d’unité et de solidarité, Emmanuel Macron a souligné que «la France vit un moment difficile et nul ne peut en prévoir la durée». Cela signifie que la mesure principale, le confinement général, est pour l’instant annoncée sur quinze jours mais pourrait être prolongée. «Régulièrement je m’adresserai à vous», a d’ailleurs annoncé le président. «J’ai une certitude: plus nous agirons ensemble et vite, plus nous surmonterons cette épreuve», a-t-il conclu dans une formule assez éloignée de l’élégance habituelle de ses discours peaufinés. Signe de l’urgence du moment.

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