2019-08-28 20:57

Dernière fresque avant destruction

Art

Tami Hopf a achevé mercredi sa grande œuvre murale aux Saugettes, à la gare de Lausanne, dans le cadre du projet «Traces de passages».

L'oeuvre de Tami Hopf a pris forme en trois jours, au ras des quais.

L'oeuvre de Tami Hopf a pris forme en trois jours, au ras des quais.

(Photo: SEBASTIEN FÉVAL)

  • Cindy Mendicino

Vous l’avez peut-être vue apparaître, ces jours-ci, tandis que vous regardiez par la fenêtre du train. Une femme à l’air un peu triste et à la coiffe remplie d’immeubles. La grande fresque réalisée au passage des Saugettes, côté sud des voies à Lausanne, est l’œuvre de Tami Hopf. L’habitante de Vevey venue de São Paulo a passé «en tout cas trente heures» en trois jours sur un monte-charge pour réaliser sa fresque. Son planning originel de cinq jours a été soudainement compressé pour des questions d’autorisations. «Nous avons aussi travaillé beaucoup de nuit, du coup.» Nous, parce que les artistes participant au projet «Traces de passages» sont venus y apporter une touche (lire encadré). «C’était important pour moi d’intégrer les autres. À la base, il était même prévu de faire une fresque collaborative. Mais je suis finalement seule, aussi parce que je suis la plus habituée à ce type de projets.»

Tami Hopf passe plus ou moins la moitié de son temps à tatouer les gens et l’autre à orner des murs. À Lisbonne ou à Montreux. Et maintenant sur un immeuble voué à une démolition prochaine, en raison des travaux d’agrandissement de la gare de Lausanne. «C’est dur, de se dire qu’elle va être détruite, commente l’artiste les yeux levés vers son œuvre. Mais je le sais depuis le début et je voulais rendre hommage à cet immeuble. Je n’ai en tout cas pas voulu la faire moins belle ou moins soignée!» Aucune chance de se dire ça en la voyant. Les détails et la délicatesse du geste ne trompent pas.

Introspection nocturne

Mercredi matin, il restait à lui donner un petit bateau, un nuage et des étoiles. «C’est la nuit, c’est important. Il y a aussi sa position, un peu en introspection.» Tami Hopf a été touchée par le destin de ce bout de ville et de ses habitants. «Il y a la mémoire de ce qu’on vit, ce qu’on laisse, ce qu’on prend avec soi. Trouver une place dans un quartier c’est assez difficile et tellement important. Alors devoir le quitter…»

La date de démolition n’est pas encore fixée et en attendant, des liens continuent de se tisser. «Les voisins ont été super avec nous. Et les gens dans le train nous faisaient signe, prenaient des photos.»

La fresque se fera aussi installation puisqu’une vraie porte a été fixée au dos de la femme peinte. De cette porte, des cordes d’où pendront des tissus peints seront tendues en direction des balcons voisins. Une façon de donner «un avant-goût» de ce que les curieux pourront découvrir dans les appartements. «Il y a ici une énergie bien particulière, dit Tami Hopf. D’habitude, avec des fresques, il y a un truc plus conquérant, qui en impose plus. Mais avec sa destruction certaine, je suis dans quelque chose de plus délicat et nostalgique.»

La belle inconnue n’a pas encore de nom. «L’oiseau s’appelle Cari Cari! Elle, je ne sais pas encore. On va la baptiser tous ensemble. Et quand elle sera détruite, on lui fera un enterrement en venant boire des bières à ses pieds!»

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