2019-03-07 12:07

Marie-Hélène Clément en combattante du pinceau

Exposition

L’œuvre de la Lausannoise, décédée en 2012, retrouve la lumière à l’Espace Arlaud

Marie-Hélène Clément a peint nombre de natures-mortes, dont "La partition", 2009, huile sur toile (70 x 100 cm).

Marie-Hélène Clément a peint nombre de natures-mortes, dont "La partition", 2009, huile sur toile (70 x 100 cm).

(Photo: FONDS CLEMENT)

  • Florence Millioud-Henriques

Dans la famille Clément-Fehr, demandez le grand-père, Édouard Clément, un quincaillier qui préférait son chevalet à son échoppe de Rolle. Il y a aussi le père, Charles Clément, peintre bien connu, intime de Cingria, de Ramuz, et jalon essentiel dans le choix de sa fille, qui va se lancer dans cette même carrière. Mais il y a encore le fils, Marc-Antoine Fehr, l’artiste contemporain resté en marge des tendances pour peindre la complexité ambiante. Si la constellation fleure la testostérone, une exposition à l’Espace Arlaud, à Lausanne, brise l’hégémonie pour se concentrer sur le seul membre féminin de cette lignée d’artistes: Marie-Hélène Clément (1918-2012).

Logiquement, les présentations se font en famille! Le père peignant la fille, la fille son père, la mère ses enfants, tous plutôt adeptes des profondeurs de l’âme et acquis à la souveraineté du geste pictural lesté d’une certaine étrangeté. Mais, l’ADN artistique ainsi admis, le fil de l’exposition se tend véritablement dans les salles suivantes. Là où la femme de caractère s’exprime dans la matière. La repartie incisive, le verbe sincère, la Lausannoise assumait pleinement la vitalité peu scolaire de ses jeunes années comme sa liberté de plaire – ou pas – une fois devenue adulte et… peintre. Admettant «son sale caractère» dans son portrait filmé Plans-Fixes, tout en plaidant pour sa capacité à «dire des choses avec l’œil». «Si je peux me vanter de quelque chose, c’est que je sens bien les choses.»

Qu’elle s’intéresse aux objets du quotidien, une table, une chaise, un guéridon, ou qu’elle travaille la matière humaine, l’artiste reste dans un rendu réaliste, à contre-courant de son temps, ce qui ne l’empêche pas d’aller au-delà des apparences. L’art de Marie-Hélène Clément ne distord pas les choses mais leur équilibre, il prend ce qui vient et le transcende dans un discours pictural dépassant l’objectivité pour entrer dans une dimension plus mystérieuse. Il y a ces natures mortes qui se racontent dans des versions géométriques, sommaires, attentistes mais sans jamais se livrer totalement, ces tiroirs invariablement ouverts et qui ne cachent pas leurs sombres entrailles.

Collectionnée, beaucoup vue en galerie (Chexbres, Genève, Neuchâtel, Lausanne), un peu moins dans les institutions publiques, l’artiste décline ses sujets dans des palettes sombres, des traits expressifs et des couleurs intenses, trahissant quelques liens avec Auberjonois, même si elle se revendique davantage de Cézanne ou Soutine. «Un jour que j’avais le cafard, confie-t-elle dans son portrait filmé, j’ai regardé mes meubles et je me suis dit que j’allais peindre mes meubles, ce qui me vient tout simplement.» À 12 ans, l’âge de ses premiers coups de pinceau, elle peint des vierges, les seules modèles qu’elle trouve. Il y aura les bouquets de fleurs, puis les natures mortes, les portraits. Revenant sans cesse sur ses pas, Marie-Hélène Clément ne multiplie pas les sujets, de plus en plus radicale dans la maîtrise de la simplicité, elle est partie à la conquête de l’essentiel. Audacieuse jusque dans ses autoportraits renvoyant l’image de l’intransigeance menaçante, celle d’une combattante, d’une artiste qui toujours voulut se surpasser, privilégiant l’intensité à la séduction.

Lausanne, Espace Arlaud Jusqu’au 31 mars, me-di En parallèle avec l’exposition Juan Martinez sur laquelle nous reviendrons www.marie-helene.ch

24 heures