2017-02-11 16:47

Internet met l’info à la fête

Ecrans

Les sites d’infos se multiplient sur la Toile alors que la presse souffre. Explications.

hero image

  • Cécile Denayrouse

Du chaos naissent les étoiles. Tandis que les journaux papiers meurent ou se restructurent, l’information sous pixels, elle, s’offre un véritable Big Bang. Les nouvelles stars du web informatif ont pour nom Les jours.fr, Brief.me, Brut ou encore Sept. info pour la version helvétique. Des médias virtuels de qualités, tous sortis du cerveau d’anciens de la presse dite «traditionnelle».

Dans ces ateliers modernes, on casse les codes de l’actualité, on expérimente, on s’amuse avec la réalité augmentée, on repense la narration, on retaille la forme pour mieux l’adapter aux smartphones, aux réseaux sociaux et aux attentes. Le tout moyennant un abonnement mensuel de quelques euros.

«Il y a eu un premier séisme il y a dix ans, avec l’apparition de pure-players comme Médiapart, Rue 89 et Slate.fr, explique Yann Guégan, ex-Rue89 aujourd’hui formateur et consultant en formats Web. Aujourd’hui, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL) dénombre plus de 150 adhérents. Les nouveaux arrivants se glissent dans des niches, se spécialisent, et semblent avoir appris des erreurs de leurs aînés». Derrière les claviers, c’est l’ébullition. Selon les rapports de la Commission paritaire des publications et agences de presse, le nombre de pure-players en France a presque été multiplié par quatre en l’espace de cinq ans, atteignant 391 organes en 2015. Dernier bébé en date: le lancement d’Explicite, par des anciens de la chaîne de télévision i-Télé.

Une opportunité dans la crise

A la tête de Sept. info, seul pure-player romand, Patrick Vallélian, ex de L’Hebdo, s’enthousiasme du vent de fraîcheur et d’énergie qui souffle sur le Web: «Une crise comme celle que traverse la presse provoque à la fois des disparitions et des opportunités. Nous vivons une période passionnante où se redessinent les frontières de ce qui existe; aujourd’hui, les gens ont des besoins différents auxquels on se doit de répondre, il y a pleins de possibilités à explorer.» Et en multipliant les styles et les expériences, cette presse d’un genre nouveau renverse bien des convictions solidement établies. Les jeunes ne lisent plus la presse? Perdu! «La moitié de nos abonnés a entre 25 ans et 34 ans», explique Olivier Bertrand, fondateur des Jours.fr et ex-Libération.

Sur le Net, la qualité est rarement au rendez-vous? Faux! L’an passé, les Romands de Sept. info se sont retrouvés en finale du prestigieux Prix Albert Londres. Les gens croulent sous l’«infobésité»? Encore à côté. «La multiplication des flux d’information a au contraire créé un besoin», coupe Laurent Mauriac, ex de Rue89 et heureux papa de la newsletter Brief.me. Son service de sélection et de résumé de l’actualité fait gagner du temps à 500 nouveaux abonnés tous les mois et devrait arriver à l’équilibre financier d’ici à la fin de l’année. Le public préfère le gratuit, il refuse de payer pour être informé? Non plus. Mediapart compte plus de 130 000 abonnés et se targue d’une marge nette de 15%, preuve que le public est prêt à jouer du portefeuille pour une information de qualité.

Lecteurs et rédaction rapprochés

Bon… Que nous reste-t-il? La crise de confiance envers les médias alors? «Il y a effectivement une méfiance générale envers les institutions, or la presse traditionnelle fait partie des institutions, analyse Yann Guégan. Mais ces sites, au contraire, suppriment la distance qui existait jusqu’à lors entre les lecteurs et la rédaction. Ils tendent un fil invisible vers leurs abonnés, prennent en compte leurs besoins, leurs avis, et leurs remarques.»

Un foisonnement qui crée à la fois une saine émulation et une certaine concurrence. Avec près de 7200 abonnés à son offre de slow info, et des courbes encourageantes, lesjours.fr espèrent atteindre l’équilibre l’an prochain, soit la barre symbolique des 15 000 abonnés. Ils entretiennent d’excellents rapports avec brief.me et Mediapart.

Le pixel régional semble lui aussi avoir le vent en poupe. Les petits Romands de Sept. info déménageront à Fribourg au printemps 2018 pour s’associer à une radio et une télévision locale et ainsi créer de nouveaux formats transmédias. Ils ont déjà trouvé des partenariats avec des Alémaniques ou les Français de lequatreheures.com. En France, le modèle lillois de Médiacités et ses investigations locales a fait des émules à Lyon et à Toulouse. Et qui sait si les restructurations du Temps et la disparition de L’Hebdo ne donneront pas envie à certains d’investir leurs indemnités de départ dans le virtuel.

24 heures