2020-03-24 12:38

Le lieu de travail des concierges est surpeuplé

Coronavirus

À l'heure du confinement, dans les immeubles, les concierges turbinent. Avec des politiques d’entreprise variées.

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(Photo: dr)

  • Cindy Mendicino

Il y en a, du monde, dans la trentaine d’immeubles que Marie* et sa collègue se partagent. La concierge de La Côte «n’arrête pas de croiser des gens. Chacun va ranger sa cave, faire sa lessive… Et moi, je nettoie!» L’appel à rester chez soi en raison de la propagation du coronavirus anime les immeubles d’un va-et-vient plus condensé qu’à l’ordinaire.

Marie, qui ne veut pas qu’on sache qui est son employeur, raconte: «La direction nous a dit de travailler et de se protéger. Elle nous a fourni du désinfectant pour les immeubles, mais pas de masques ou de gants pour nous. Alors je me débrouille, je m’équipe grâce à des gens que je connais.»

Ses patrons demandent de nettoyer le plus souvent possible. «Mais nous n’avons pas que ça à faire: il y a les poubelles, les vitres, les sous-sols... J’ai 57 ans. Si ça se trouve, je suis porteuse et je dois entrer dans tous ces immeubles pour les nettoyer…»

Rien d’officiel n’a été communiqué sur ce type d’activités. Les concierges vivent souvent sur leur lieu de travail et sont en principe seuls. De quoi en faire des candidats idéaux à la poursuite de leur activité professionnelle.

C’est le cas de Mafalda*, qui travaille pour la régie Braun. Elle ne jette pas la pierre à son employeur mais se considère elle aussi trop peu protégée. En milieu de semaine dernière, un courrier lui demandait de faire le plein de désinfectant dans un magasin désigné. «C'était très bien organisé, tout était prêt, je n’ai même pas eu à entrer.»

Barrières, interrupteurs, poignées, interphones

La consigne: s’attaquer le plus souvent possible aux éléments que les locataires touchent: barrières, interrupteurs, poignées, interphones. On ne lui fournit ni masque ni gants.

Claude Chessex, directeur à la régie Braun, 400 immeubles dans le canton, confirme et complète: «Nous avons rappelé à tous nos concierges les règles de l’OFSP et avons demandé qu’elles soient affichées. Nous leur avons aussi indiqué où ils pouvaient se fournir en matériel de nettoyage. Et comment fabriquer du désinfectant avec de l’alcool à brûler et de l’eau.»

Le directeur souligne aussi que la régie Braun est «consciente que les concierges ne peuvent pas tout faire. D’autant qu’ils ont un rôle social important et qu’il sont, depuis quelques jours, beaucoup plus sollicités par les locataires pour les rassurer et les aider.»

«Ne pas affoler les gens»

Dans les immeubles Bernard Nicod, les concierges ont «accès à des commandes directes pour des produits de nettoyage qui sont livrés dans les 24 à 48 heures», explique Michael Roberts, directeur. Des courriers à afficher rappelant aux concierges et aux locataires les mesures de l’OFSP ont aussi été envoyés.

«Notre politique n’est pas d’en rajouter et d’affoler les gens. Les concierges sont invités à désinfecter à chacun de leurs passages. Sans se mettre à le faire tout le temps. Pour éviter les pénuries mais aussi parce que chacun, dans un immeuble, doit se responsabiliser.»

Michael Roberts souligne avoir aussi averti les entreprises qui interviennent dans ses immeubles. «En plus du respect des mesures de l’OFSP , toute intervention dans un logement est limitée à une personne, doit se faire avec l’accord du locataire et l’intervenant doit porter un masque et des gants.»

Gérard* s’occupe avec sa femme de 32 appartements répartis en trois entrées. Sa spécialité, c’est les extérieurs. L’homme de 62 ans assure que ses patrons de Retraites Populaires ne lui mettent «pas la pression».

Ces derniers jours, il a désinfecté les containers et les ascenseurs. Il estime avoir tout ce dont il a besoin. «Je prends mes précautions, aussi parce que je suis asthmatique. Nous faisons du mieux que nous pouvons et ça va aller.»

*noms connus de la rédaction

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