![[Vidéos] Moi, conseiller d'État...](https://mcdn.newsnetz.ch/story/1/4/9/14925576/pictures/1/teasersmall16x9.jpg?1)
[Vidéos] Moi, conseiller d'État...
Glyphosate, congé paternité, caisse maladie unique,... Que pensent les candidats au Conseil d'État vaudois?
Quelle image les prétendants au Conseil d’État veulent-ils donner? Ce qu’en pense Olga Ciesco, experte du langage non verbal.

C’est avec un regard neuf et impartial qu'Olga Ciesco, experte du langage non verbal, s’est penchée sur ces affiches en quête des petits messages non verbaux.
(Photo: DR)
En ribambelle, les affiches des cinq candidats à la succession de Pierre-Yves Maillard ont envahi l’espace public. Comment convaincre au-delà du slogan et de la couleur politique? Quelle tête faire pour s’imposer en homme ou en femme de la situation? Sourire ou ne pas sourire? Regarder l’électeur de haut – en futur ministre – ou, au contraire, se faire tout petit pour se poser en serviteur de l’État? Comment s’habiller, dans quel décor se montrer et jusqu’où se dévoiler? Toutes ces questions, les cinq candidats – aidés ou non par leurs spins doctors – se les sont nécessairement posées. Ont-ils fait mouche?
«24 heures» a soumis ces affiches à une experte du langage corporel. Olga Ciesco vit à Paris et ne connaît ni le personnel politique suisse ni les enjeux de cette élection complémentaire au gouvernement vaudois. C’est avec un regard neuf et impartial qu’elle s’est penchée sur ces images, en quête des petits messages non verbaux – conscients ou inconscients – délivrés par les candidats. Décrypter les non-dits sur une image figée n’est pas aussi aisé que sur une vidéo, prévient-elle. «Cet exercice n’a rien de comparable avec l’analyse de la gestuelle en face-à-face. On marche un peu sur des œufs, car une image reste une image. On ne sait pas jusqu’à quel point la personne a été guidée par le photographe.»
Pascal Dessauges (UDC)

«Ce portrait a pour but de transmettre l’image d’un homme serein, déterminé, posé, rassurant et rassembleur. La posture légèrement de trois quarts amène un peu de dynamisme, la position droite du corps et le léger sourire donnent le côté serein et déterminé. Le but était d’abord de rester naturel et de ne pas forcer le trait. Car ce qui compte, finalement, c’est ma personnalité.»
«Tout comme Rebecca Ruiz, il donne dans le bien habillé. Complet-veston, cravate en satin, on sent que tout cela a été travaillé. Jusqu’à la chemise qu’on devine taillée dans un tissu épais, de qualité. Il donne une image de tradition. Il est dans la posture du notable. On se dit: il a le costume!»
Et que dit son attitude? «Il est pris de côté, ce qui donne un mouvement, et légèrement d’en bas, ce qui nous rapetisse un peu face à lui. Rien ne vient atténuer cette impression. Son axe de tête est très vertical, il n’y a aucun laisser-aller. On devine un sourire, mais c’est un sourire que je qualifierai de pincé, la bouche ne veut pas s’ouvrir.» Résultat? «Les gens qui l’aiment bien vont voir un homme digne et solennel qui sait garder son sérieux, ceux qui ne l’aiment pas vont voir un homme rigide qui ne parvient pas à sourire.»
Pour Olga Ciesco, cette image est très ambiguë: «C’est comme si le photographe avait brouillé les pistes. Il met en avant le côté gauche du sujet, à savoir le côté émotionnel – on voit l’oreille et l’épaule gauche qui sont plus proches de nous –, mais le laisse dans l’ombre. Au final, c’est le côté droit, le rationnel, qui ressort, car fortement éclairé.» Résultat? «Ça manque de naturel.»
Jean-Michel Dolivo (EàG)

En revanche, l’effet que cette éclipse presque totale du candidat produit sur le récepteur ne fait pas un pli à ses yeux et correspond parfaitement à l’intention exprimée ci-dessus par Jean-Michel Dolivo: «Il a choisi de disparaître derrière un parti. Il s’efface derrière des causes qu’il juge beaucoup plus importantes que lui en tant que personne. C’est comme s’il nous disait: «Je n’ai pas besoin de me mettre en avant, je n’ai pas besoin de séduire.»
Par ailleurs, l’experte remarque que cette photo donne l’impression de ne pas avoir été prise spécialement pour la campagne. Le message? «On en déduit qu’il n’a pas voulu dépenser de l’argent pour ça, pour son image.»
En zoomant sur ce visage, face à ce regard perçant souligné par des lunettes de lecture et cette absence de sourire, Olga Ciesco observe: «On a la sensation d’être devant un littéraire, un intellectuel pas très jouasse. Mais ce qui domine, c’est vraiment l’impression qu’il n’a pas besoin de paraître.»
Rebecca Ruiz (PS)

Olga Ciesco note aussi que la candidate pose légèrement de côté, ce qui donne du mouvement: «Elle nous fait face, mais on ne la prend pas de plein fouet.» Elle met en avant son côté droit, le côté rationnel et organisationnel. Une attitude qui suggère des qualités de meneur, de stratégie et de négociation. «Debout, mains sur les hanches, elle a presque adopté ce qu’on appelle la power posture ou la posture de Superman, celle que nous prenons de façon inconsciente quand nous nous sentons puissants et sans peur.»
Au risque de passer pour arrogante? «Si elle levait le menton, on pourrait se sentir mis à l’écart, mais ce n’est pas le cas. Elle a, en plus, un sourire ouvert, les cheveux lâchés, ce qui amène beaucoup de douceur. Sans méchanceté, on pourrait dire que c’est Madame Parfaite. Tout y est.»
Axel Marion (PDC)

Elle relève le regard franc, posé et transparent: «Ses yeux bleus, parfaitement accordés au bleu de sa veste, sont particulièrement brillants, humides. L’humidité du regard est connue pour refléter de l’émotion positive.»
La sensation de proximité est encore accentuée par le fait que la photo met en avant son côté gauche: «C’est celui que toute personne a tendance à mettre spontanément en avant lorsqu’elle est en empathie avec son interlocuteur. En revanche, son sourire, peu ouvert et légèrement plus prononcé à droite, suggère un sourire social, à savoir celui qu’on affiche dans les situations où cela se fait. Quoi de plus normal? Dans ce contexte de campagne électorale, tous les sourires sont de façade. Pour produire un vrai sourire qui sort des tripes, il aurait fallu qu’il s’imagine en train de poser face à quelqu’un de proche qui le rend heureux.»
Anaïs Timofte (POP)

Pour Olga Ciesco, cette neutralité n’est pas un problème: «Cela peut donner l’impression qu’elle manque de personnalité, mais cela permet aussi à chacun de projeter ce qu’il veut sur elle. Impossible de dire, sans la connaître, si c’est quelqu’un de rationnel ou de plutôt empathique.»
Quoique… «Le photographe l’a prise légèrement d’en haut, ce qui la place plus bas que le récepteur et peut nous faire penser qu’elle aura plutôt tendance à écouter qu’à dominer.» Le choix de la veste en jean n’est pas anodin: «Ce vêtement évoque le travail, le peuple, la jeunesse, tout comme le décor à l’arrière-plan. Cette image a un côté très contemporain. C’est presque une affiche de cinéma.»

Experte en langage non verbal www.olgaciesco.fr
24 heures