2015-02-02 08:08

Trouble jeu politique autour du Bois de Chênes

Nature

Municipal des forêt à Vich, Jean Sommer écrit en tant que citoyen au Conseil d’Etat pour torpiller un projet conduit par les autorités de Genolier.

La ferme du Bois-de-Chêne, située sur la commune de Genolier, demande une profonde restauration.

La ferme du Bois-de-Chêne, située sur la commune de Genolier, demande une profonde restauration.

(Photo: Alain Rouèche-A)

  • Raphaël Ebinger

Un élu qui écrit à la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro pour la mettre en garde contre le projet conduit par une Municipalité voisine. C’est l’étrange manœuvre de Jean Sommer, de Vich, qui s’oppose à la restauration de la ferme du Bois de Chênes, située à Genolier. Le Bois de Chênes est justement un dossier dont il partage la responsabilité, sur le plan communal, avec deux de ses collègues municipaux. «J’ai signé cette lettre comme simple citoyen et en qualité de délégué du groupe Mon Bois-de-Chênes», se justifie-t-il. Il n’empêche, sur la page Facebook de ce groupe, constitué d’opposants disparates dont les visées ne sont pas claires, il a reproduit in extenso la missive envoyée à Lausanne sans préciser avec quelle casquette il l’avait signée, laissant planer la confusion s’il s’engageait comme élu ou comme simple citoyen.

Pour le syndic de Vich, Michel Burnand, la démarche ne pose pas de problème. «La Municipalité n’était pas au courant de son engagement au sein de ce groupe Facebook ni de la lettre envoyée à la conseillère d’Etat. Cette lettre n’est pas gênante pour l’Exécutif.» Difficile à croire toutefois que le collège ne soit pas au courant de l’existence du groupe Facebook, bien connu de tous les autres partenaires travaillant sur le dossier du Bois de Chênes.

Polémique sur Facebook

Depuis plusieurs mois, les pages Facebook Bois de Chênes, Mon Bois-de-Chênes, Ferme du Bois-de-Chênes ou encore Glouglou La Serine mènent une campagne contre le projet de restauration de la ferme au centre du bois. Une campagne qui laisse la part belle à des informations souvent anonymes, non vérifiées et erronées. Jean Sommer est soupçonné par les proches du dossier d’être le principal animateur de ces groupes. Ce qu’il réfute, même s’il assume en être le délégué. Il avait été désigné pour cette tâche en mai dernier après un sondage sur la page Bois de Chênes.

C’est donc en sa qualité de représentant de ce groupe que Jean Sommer a cosigné, avec le député Gabriel Poncet, la lettre à Jaqueline de Quattro. Il y affirme que la fondation en charge de la gestion d’une partie du Bois de Chênes a l’intention de créer des chambres d’hôte dans le bâtiment à rénover (lire ci-dessous) et que cela va générer du trafic routier à l’intérieur du bois. Une circulation aujourd’hui interdite. «Nous avons peur qu’on transforme ce paradis en quelque chose entre le Signal-de-Bougy, le Ballenberg et le Musée de Prangins, explique Jean Sommer. Il faut préserver à tout prix la tranquillité et la magie du lieu.»

Des arguments qui font bondir les promoteurs du projet. «M. Sommer nous fait un mauvais procès, une guerre pour rien, sur la base de données inexactes inventées pour des raisons obscures», résume Noé Graff, président de l’Association pour le Bois de Chênes de Genolier (ABCG) et membre, à ce titre, du conseil de fondation du Bois de Chênes. Le vigneron insiste sur le fait que la ferme gardera sa vocation au service de la réserve, comme l’ont toujours affirmé les promoteurs du projet. Président du conseil de fondation et municipal de Genolier, Georges Richard refuse de jeter de l’huile sur le feu. «Je ne lis plus ce qui s’écrit sur Facebook. Je suis persuadé d’agir pour le mieux du Bois de Chênes.»

Catherine Strehler-Perrin est plus sévère. En tant que cheffe de la Division biodiversité et paysage, elle a une voix consultative au sein du conseil de fondation. «M. Sommer va s’isoler par sa démarche contre-productive et difficilement crédible. Il alimente la polémique et génère au final beaucoup de travail d’information pour lutter contre sa campagne de désinformation.» Dans un autre cadre, la représentante du Canton négocie pourtant avec Jean Sommer. Celui-ci est le délégué du Conseil régional de Nyon dans le dossier du corridor biologique Jura-Promenthouse du projet d’agglomération franco-valdo-genevois. «Il faut être capable de cloisonner, souligne Catherine Strehler-Perrin. Ses agissements dans l’affaire du Bois de Chênes ne vont pas influencer négativement le dossier des corridors biologiques.»

Reste que la position de Jean Sommer le fragilise dans ses fonctions politiques. «Je me sens bien seul à défendre certaines valeurs. Lutter contre les éléments, c’est un peu ma nature», explique celui qui revenait, vendredi matin, d’une balade à peaux de phoque dans la tempête. Son sacerdoce durera encore un an et demi. A la fin de la législature, Jean Sommer promet de se retirer de tout mandat politique.

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