2019-02-20 06:43

Une nouvelle loi sur les taxis qui pourrait être inefficace

L'invité

Jean Lazega estime qu'Uber exerce une concurrence déloyale envers les acteurs locaux.

  • Jean Lazega

Barcelone, Bruxelles, Copenhague, Londres, la plupart des villes allemandes, bientôt Madrid et d’autres ont décidé de serrer la vis aux plateformes de type Uber, et même, pour certaines, de les bannir entièrement. Pourquoi? Simplement parce que ces plateformes ont refusé de s’adapter à leurs législations. Passé le stade de la fascination pour une offre qui est indiscutablement très attrayante pour les usagers, le réalisme s’impose face aux effets pervers de ce modèle d’affaires.

«Uber refuse toute responsabilité sociale, ne provoque pratiquement aucune retombée fiscale»

Uber refuse toute responsabilité sociale, ne provoque pratiquement aucune retombée fiscale là où se déroule l’activité, et exerce donc une concurrence déloyale pour tous les acteurs locaux qui respectent les lois. Dans le même temps, l’entreprise se cache là où on ne peut l’atteindre, à coups de montages juridiques internationaux opaques, se fait représenter par des avocats là où il faut, ou par des porte-parole sans pouvoir de décision.

C’est de Genève que vient la dernière prise de conscience. Il faut l’écouter attentivement, au moment où le canton de Vaud adopte une nouvelle loi sur le transport professionnel de personnes.

Le vœu de légiférer pour mettre de l’ordre dans le «chenit» actuel est très louable. Mais en réalité, la majorité du parlement vaudois est en train d’accepter une loi incomplète et qui démontrera rapidement ses limites, à moins que les députés ne se penchent tous sérieusement sur ses invraisemblables lacunes.

Qu’est-ce qu’une loi qui, contrairement à partout ailleurs, laisse un chauffeur véhiculer des clients sans avoir jamais mis les pieds dans la ville? Quelle image cela donne-t-il de notre canton et de ses valeurs d’accueil? Même une formation minimum est refusée par les députés!

Qu’est-ce qu’une loi, concernant une activité qui se passe dans la rue sans aucun contrôle de rue? Les polices communales seront-elles motivées pour contrôler l’application d’une loi cantonale complexe? Il est permis d’en douter, car les amendes iraient au Canton!

Il est temps de faire valoir le bon sens vaudois. Le risque, évoqué par un élu de centre droit au plénum, d’une loi partiellement ou totalement inapplicable, ce risque ne doit pas être pris. Ce serait un trop beau cadeau pour une multinationale sans vergogne qui se moque de notre démocratie depuis des années.

D’un autre côté, nos taxis officiels ont également un sacré chemin à faire, en termes de qualité de service surtout. Ils auront, quoiqu’il arrive, de nouveaux compétiteurs, qui ne leur feront pas de cadeaux! Il faudra que des mesures appropriées soit appliquées à l’encontre de la petite minorité de chauffeurs indignes de cette fonction, qui nuisent fortement à l’image de cette activité de service public.

Cette évolution, nous l’appelons de nos vœux. Mais avec les mêmes règles pour tous, et pas une dérégulation absolue dictée par Uber et consorts.

24 heures

Jean Lazega, directeur et président du Conseil de Taxi Services.
Jean Lazega, directeur et président du Conseil de Taxi Services.