2019-04-08 22:06

L’échec d’Erdogan réjouit les gulénistes

Turquie

Pour les partisans de Fethullah Gülen, les récentes défaites électorales de l’AKP signent le début de la fin.

Le président Recep Tayyip Erdogan a poussé son entourage à réclamer un recomptage des voix après la défaite de l'AKP le 31 mars dernier.

Le président Recep Tayyip Erdogan a poussé son entourage à réclamer un recomptage des voix après la défaite de l'AKP le 31 mars dernier.

(Photo: DR)

  • Alain Jourdan

De passage à Genève, Ercan Karakoyun, l’un des hauts responsables du mouvement guléniste en Europe, s’est réjoui des récents déboires électoraux de l’AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan. «C’est un signe très important et très encourageant. Cela veut dire que la démocratie turque n’est pas morte. Elle a été plongée dans un profond coma, mais elle vit encore», affirme ce sociologue qui préside en Allemagne, son pays de naissance, la Fondation pour l’éducation et le dialogue.

La défaite de l’AKP à Istanbul et Ankara lors des élections municipales du 31 mars a dopé le moral des partisans du prédicateur Mohammed Fethullah Gülen, qui sont dans le collimateur du pouvoir depuis la tentative de coup d’État avortée de juillet 2016.

«Ce qui vient de se passer n’est qu’un premier pas. C’est le début de la fin pour le régime d’Erdogan», s’enthousiasme Ercan Karakoyun. C’est vrai que le président turc a du mal à encaisser le coup. Mauvais perdant, il a poussé son entourage à réclamer un recomptage des voix. Le responsable guléniste reste néanmoins lucide: «Le chemin va être long. Au cours des dix dernières années, Recep Tayyip Erdogan a passé de nombreuses réformes institutionnelles pour pouvoir contrôler tous les rouages du pouvoir. Il a aussi placé des hommes à lui aux postes clefs. Cela va prendre de vingt à trente ans pour changer tout cela.»

Considérés comme des terroristes par le pouvoir turc, les gulénistes jouissent de la bienveillance des gouvernements européens. «Je crois que tout le monde a compris qui nous étions. Notre engagement pour l’éducation et en faveur du dialogue montre notre attachement à la démocratie et à la non-violence», poursuit Ercan Karakoyun, qui dénonce les pressions et intimidations contre les membres du mouvement réfugiés à l’étranger. Des pratiques qui irritent les gouvernements occidentaux.

En Allemagne, le chef des services de renseignements extérieurs (BND), Bruno Kahl, est monté au créneau pour les dénoncer et prendre la défense des gulénistes. Plus récemment encore, à Genève, une ONG qui aide les gulénistes à faire entendre leur voix dans les enceintes onusiennes a adressé un courrier à la haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, pour se plaindre des pressions exercées par la Turquie à son encontre en marge de la dernière session du Conseil des droits de l’homme. Les pressions contre les gulénistes s’exercent aussi à l’intérieur du pays. En début d’année, le Parquet d’Ankara a lancé des poursuites contre 1112 personnes, soupçonnées de liens avec la confrérie fondée par Fethullah Gülen.

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