2017-05-29 06:52

Avoir l’intelligence de se laisser convaincre

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  • Cindy Mendicino

  • Politique lausannoise

Les élus lausannois pensaient peut-être pouvoir lever un peu le pied cet été. Après le cycle de trois élections à tenter de convaincre, on imaginait qu’on allait un peu moins les croiser au marché du samedi matin. Mais voilà qu’une nouvelle campagne, toute lausannoise, s’apprête à commencer. Mardi, pour la deuxième fois en dix ans, les conseillers communaux accepteront très probablement qu’un local d’injection – on l’appelle maintenant espace de consommation sécurisé – soit installé dans leur ville. En 2007, l’idée n’avait pas passé le cap du référendum spontané que les socialistes avaient demandé. Aujourd’hui, cette même gauche reconnaît que le premier projet n’était pas idéal, tout en assurant que cette nouvelle mouture tient bien mieux la route. Et ils ont raison. Les spécialistes ont été intégrés à la réflexion, tout comme le quartier de la future implantation. Mais c’est aussi la société qui a évolué. Et qui tolère désormais mieux qu’on ne puisse pas baser uniquement l’action contre la drogue sur la chasse aux dealers et sur la bonne volonté de ceux qui sont pris dans la dépendance.

«Voter deux fois sur un objet similaire à 10 ans d’écart, ce n’est pas prendre les citoyens pour des imbéciles»

Il y a des gens pour qui cesser de consommer, maintenant, ici, n’est simplement pas possible. C’est d’abord pour eux qu’un local de consommation est nécessaire. Une élue lausannoise PLR autrefois opposée en a parlé avec des toxicomanes genevois, qui l’ont convaincue de l’humiliation qu’ils subiraient à se droguer dans la rue. Pierre-Antoine Hildbrand, municipal du même parti, avouait il y a quelques semaines aux habitants du quartier du Vallon, le chemin qu’il a parcouru pour être aujourd’hui convaincu par un local d’injection. «J’ai dû regarder la réalité en face.» Voter deux fois sur un objet similaire à dix ans d’écart, ce n’est pas prendre les citoyens pour des imbéciles. C’est avoir le courage d’admettre qu’on peut évoluer, faire mieux et finalement changer d’avis. Les Lausannois ne devraient pas avoir peur de faire preuve de la même humilité.

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