2019-09-18 06:48

Remplacer un cours de répèt’ par le congé paternité?

L'invité

Samuel Bendahan fait une proposition qui ne coûterait rien aux entreprises.

  • Samuel Bendahan

Le Conseil fédéral estime que quatre semaines de congé paternité coûteront 420 millions de francs. Comme il n’a pas du tout envie de voir se réaliser cette initiative malgré le retard de la Suisse en la matière, il y a fort à parier que le chiffre annoncé est plus élevé que la réalité. En plus, aucun des apports économiques positifs qu’apportera un congé parental n’a été chiffré, alors qu’ils sont nombreux.

J’ai donc demandé à l’Administration fédérale une estimation financière du coût de l’absence des hommes pour une raison différente: un cours de répétition de l’armée. Le Conseil fédéral est beaucoup plus enthousiaste quand il s’agit de «péjorer l’économie» pour l’armée plutôt que pour s’occuper des enfants et le montant devient magiquement minuscule, soit seulement 40 millions de francs!

Pourtant, c’est à peu près la même chose. Pendant les trois semaines de cours de répétition, les employés sont absents des entreprises et au régime des allocations pour perte de gain. Certes, la durée n’est pas la même, les hommes peuvent avoir plusieurs enfants dans leur vie, ne sont pas tous astreints au service militaire, et n’ont pas le même âge lorsqu’ils sont pères que lors du dernier cours de répétition. On peut donc calculer que si le Conseil fédéral voulait un congé paternité, il estimerait son coût à 165 millions. C’est 60% de moins! Le même genre d’erreur que les milliards de différence entre le budget et les comptes de la Confédération.

Si la droite dure est opposée à tout congé paternité, le parlement soutient une version «nano» de deux semaines. C’est un progrès, qui reste insuffisant et risible par rapport à d’autres pays avec un niveau de vie comparable. À ceux qui sont convaincus que l’économie ne pourrait pas supporter les quatre semaines, je propose de remplacer le dernier cours de répétition par un droit à deux semaines supplémentaires, ce qui ne coûtera pas un sou aux entreprises, la durée d’absence étant la même.

C’est à peu près la même chose. […] Les employés sont absents des entreprises

Il y aurait toujours de nombreuses semaines d’armée et cela ne changerait donc pas grand-chose du point de vue militaire, surtout quand on connaît l’inutilité de certains de ces cours de répétition. Par contre, cela doublerait la durée pendant laquelle les pères pourraient être là pour leur nouveau-né, ce qui est capital pour la famille, pour l’enfant et aussi pour la société.

Avec quatre semaines de congé paternité, les opposants pourraient se rassurer en sachant que les pères de ce pays passeraient toujours douze fois plus de jours sous les drapeaux qu’à pouvoir s’occuper de leurs enfants, et cela sans que les représentants de l’économie ne s’en plaignent. En réalité, nous pouvons largement nous permettre un congé parental de trente-huit semaines à partager équitablement entre les parents, et les conséquences économiques globales seraient même positives, sans parler du bien-être de la population.

24 heures

Samuel Bendahan, économiste, conseiller national PS.
Samuel Bendahan, économiste, conseiller national PS.