2018-12-21 10:36

À 24 ans, cette grande gueule pressée avoue être blasée

Portrait

Depuis tout gamin, Loïc Hautier, le président de la nouvelle Fédération des contribuables se précipite par besoin de reconnaissance

«Oui, je suis un peu blasé… C’est en partie dû au fait que j’ai l’impression d’avoir un peu fait le tour de certaines choses, comme la politique.»

«Oui, je suis un peu blasé… C’est en partie dû au fait que j’ai l’impression d’avoir un peu fait le tour de certaines choses, comme la politique.»

(Photo: Florian Cella)

  • Mathieu Signorell

Après cinq ans de politique partisane, Loïc Hautier en a déjà marre. On imaginerait en lui un jeune libéral-radical aux dents longues, qui veut faire sa place dans le parti avec son mètre nonante et sa «grande gueule», comme il le dit. Mais non. Il s’est frotté à la politique à 19 ans, au Parti libéral-radical (PLR). Mais arrivé à 24 ans, il le jure: apparaître avec une étiquette politique, c’est fini. On le verra encore dans les médias comme un «libéral sûr de lui», mais plus sous le label d’un parti. «Je reste évidemment membre du PLR, mais je m’éloigne un peu de la bataille partisane.»

Président de la nouvelle Fédération vaudoise des contribuables (Fedco), Loïc Hautier a créé il y a quelques mois sa propre société de conseil juridique avec la députée PLR Florence Bettschart-Narbel. Il se définit comme «quelqu’un de pressé, depuis tout petit, peut-être à cause de la facilité que j’ai toujours eue à faire ce que je voulais faire et à ma volonté de tout remettre en question». Pour lui, la politique partisane, focalisée sur la bataille d’arguments, ne va pas assez vite. «Chacun veut imposer sa vision du monde et plus personne ne réfléchit à des questions de philosophie politique, sur le rôle de l’État et le moteur de l’engagement.»

Utopiste intello

Il concède une autre facette de sa personnalité. «Oui, je suis un peu blasé… C’est en partie dû au fait que j’ai l’impression d’avoir un peu fait le tour de certaines choses, comme la politique. À mes yeux, le monde a un côté un peu cyclique. Il va bien, il n’y a jamais eu aussi peu de guerres, ni aussi peu de pauvres. Mais on revient à des situations des années 1920. Je garde malgré tout un côté optimiste, réaliste et utopiste, et un côté hyperintellectualisant.»

«Mentalité de vieux et corps de jeune»

«Intellectuel». Le mot revient plusieurs fois dans sa bouche pour se définir. «J’ai peut-être une mentalité de vieux dans un corps de jeune. Je viens d’une famille de la classe moyenne. Être fils unique m’a forcé à être adulte assez jeune. À 12 ou 13 ans, mon langage surprenait parfois mes profs. J’ai un côté un peu solitaire, quoique sociable. J’aime faire les choses moi-même. L’initiative des Jeunes libéraux-radicaux pour baisser les impôts de la classe moyenne, ce n’est peut-être pas moi qui ai eu l’idée de base, mais c’est moi qui ai fait le boulot.»

Loïc Hautier est intarissable sur le pouvoir, la politique, «l’État qu’il faut remettre à sa place» et l’impôt trop élevé qui «restreint la liberté de choix des citoyens» et s’apparente dans certains cas «à du racket».

Un type sûr de lui? Oui. Un type qui sait ce qu’il veut? Oui, aussi. Parfois à la limite de la prétention? L’écouter en donne l’impression. Mais il y a eu des épisodes qui ont grippé la machine. Loïc Hautier en cite trois: le divorce de ses parents à l’âge de 6 ans, «qui a marqué la fin de la vie familiale et mon besoin de reconnaissance des autres»; la fin d’une histoire d’amour de cinq ans en 2016, «qui m’a montré que rien n’est absolu»; et le décès de son grand-père maternel, Marcel, la même année. Le départ de ce «deuxième père» fut synonyme de fin d’une époque: «A ce moment, je suis vraiment rentré dans la vie d’adulte, avec l’idée de le rendre fier.»

L’anarchiste de droite recalé de l’armée

C’est à ce grand-père, ancien municipal à Échichens, que Loïc Hautier doit son envie de foncer et de bosser seul, de se débrouiller, quand il a un but précis. Il se présente d’ailleurs comme quelqu’un de «pressé», «toujours dans l’urgence, avec l’idée de faire mes preuves». «Mon grand-père était la caricature du Parti libéral vaudois, agnostique, mais avec une éthique protestante. Il m’a accroché au wagon de la politique et mon inscription à 18 ans au PLR a sonné en partie comme une révolte contre un système qui grignote les libertés de chacun.»

Le credo surprend, le PLR ne cherchant de loin pas à bouleverser l’ordre établi. Le vernis libéral de Loïc Hautier cacherait-il un anarchiste? Oui, mais plutôt dans son rapport au pouvoir. «Je respecte le pouvoir quand je le juge légitime. C’est à cause de ce genre de théories que l’armée n’a pas voulu de moi au recrutement et que je fais la PCi aujourd’hui.»

Esprit aiguisé

Ses proches confirment son côté hors du cadre. Tant Florence Bettschart-Narbel, sa nouvelle associée, que l’ancien député libéral-radical Jean-Marie Surer utilisent l’adjectif «aiguisé» en parlant de lui. Ce dernier loue la «liberté de penser» de Loïc Hautier. «Il ne s’est pas mis dans le moule du PLR, comme un bon petit soldat, ajoute le vétérinaire de Bière. Il n’a pas de gourou parmi les pontes du parti, dont il répéterait les idées. C’est un esprit libéral, dans le sens philosophique du terme.»

Ancienne de la Fédération romande des consommateurs (FRC), Florence Bettschart-Narbel confirme ce côté anticonformiste. «Il n’aime pas les modèles établis. Il n’entre pas dans le schéma classique des études de droit et du brevet d’avocat. Il aime d’autres domaines du droit, pour que les gens puissent faire les choses différemment, sans forcément aller chez un avocat.»

Loïc Hautier, qui voulait devenir avocat depuis tout petit, garde quand même ce rêve dans un coin de sa tête. Prochain défi: que sa nouvelle boîte fonctionne. Et pour la suite, pourquoi pas un doctorat en droit, si possible à l’étranger. «Peut-être qu’un jour j’aurai quand même envie de devenir avocat.»

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