2015-09-24 17:17

Mark Mestre: un avenir haut en couleurs

<p>Arts visuels</p>

A l’époque du high-tech, smartphones et autres tablettes en tête, il est encore possible de trouver des jeunes se servant d’un pinceau et d’une toile pour exprimer leurs idées ou leurs émotions. Récit du parcours et du quotidien d’un jeune artiste suisse romand, Mark Mestre, 24 ans.

Mark Mestre, jeune artiste-peintre et illustrateur ici en photo devant l'une de ses oeuvres, a des rêves pleins la tête.

Mark Mestre, jeune artiste-peintre et illustrateur ici en photo devant l'une de ses oeuvres, a des rêves pleins la tête.

(Photo: Mark Mestre)

  • Maxime Kissou

Il était une fois un homme…

Mark Mestre entre dans le café où nous nous sommes donné rendez-vous. Il arrive droit de son atelier lausannois, car Mark est illustrateur et artiste peintre. Ou plutôt artiste à temps plein et assistant de vente à temps partiel, dans un garage de la Conversion, qui représente un gagne-pain plus régulier. Il s’assied, commande, et nous entamons notre interview.

Il commence par raconter son parcours : « J’ai achevé une formation de trois ans en illustration BD et peinture à Ceruleum, une école d’art située au Flon. Ensuite, comme je n’ai pas le passeport suisse mais que je devais tout de même m’acquitter de mes obligations militaires, je suis parti accomplir mon service en Norvège. » Un parcours loin d’être linéaire. Il poursuit en expliquant qu’à son retour en 2013, il a dessiné un portrait qu’il a ensuite peint. Ça lui a plu, et il a persévéré.

Qui rêvait...

Nous abordons ensuite la question de son travail ; son style, ses techniques. Il explique qu’il est en continuelle recherche de nouveaux styles, de nouvelles techniques, de nouvelles couleurs, de nouvelles inspirations. « Mais j’aime particulièrement faire des portraits de gens qui m’inspirent, des jazzmen et des artistes hip-hop principalement. » « Faire des portraits » et non « peindre », car ce jeune artiste n’utilise pas que de l’acrylique et de la toile ; marqueurs, bonbonnes, stylos et papier, tout est bon pour ses mains adroites. Côté style, Mark ne cache pas ses influences : elles se situent dans l’art urbain et les comics américains. « D’ailleurs, c’est mon rêve de travailler à la conception de comics aux Etats-Unis. C’est très difficile d’y parvenir, mais, qui sait, un jour, peut-être, j’y arriverai. Mais je ne veux pas qu’on pense que je n’aime pas trop ce que je fais actuellement : j’adore réellement les projets que j’ai en cours et ce que j’ai déjà produit ! Mon objectif c’est de réussir à faire plus d’expos, produire plus de tableaux, en variant les techniques, les matières, mais en restant dans le même esprit. »

La discussion va bon train mais une question me brûle maintenant les lèvres et je ne peux m’empêcher de lui demander d’où lui vient cette passion. Il me répond dans un sourire malicieux que comme beaucoup de « gosses », il a toujours aimé dessiner pendant les cours qui l’ennuyaient, poussant jusqu’à s’essayer aux graffiti. A la fin de sa scolarité, il se lance dans une école préparatoire où il y découvre les différentes techniques d’illustration. Le déclic se produit et il intègre alors Ceruleum.

Dans un monde trop réel…

Au fil de l’interview, je réalise qu’il n’a pas mentionné un seul autre artiste suisse. Il m’apprend que les artistes, bien que généralement ouverts, peuvent parfois être renfermés car « il y a une part d’ego, on veut faire mieux que celui d’à côté, et puis on ne veut pas se faire “voler” ses idées ou ses inspirations. Bon, je dépeins le côté négatif, mais c’est dommage qu’il n’y ait pas plus d’interactions, car on pourrait vraiment faire des trucs supers ensemble. Par exemple, dernièrement j’ai fait une expo en compagnie de plusieurs artistes et on s’est très bien entendus. D’ailleurs je vais déménager à Montreux et m’installer au sein d’un collectif artistique, le LoftA46. Ça prouve ce que je disais avant : en règle générale on s’entend très bien. »

Cela nous conduit à parler des infrastructures mises en place par les collectivités pour soutenir les artistes. Il trouve qu’il y a un bon niveau de soutien, notamment au niveau de la formation puisqu’il existe beaucoup d’écoles aux taxes d’inscription tout à fait raisonnables. Par contre, il estime que le niveau de diffusion est assez faible. Il développe : « Tu peux faire des choses très bien en Suisse, mais si tu veux être connu internationalement, il faut aller voir ailleurs. Le marché suisse est assez fermé, comparé à des marchés américains ou hollandais, par exemple, qui sont très ouverts. En Suisse, pour percer, il faut être conventionnel, et il faut avoir des relations, sinon on te met un peu au placard. On est obligé d’être notre propre promoteur, en somme. »

Je lui demande alors ce qu’il en est de sa promotion, et il me révèle alors qu’il a déjà pu exposer une fois au Café des Docks, et plus récemment au FlonArt pour le collectif He(art)Lausanne, durant lequel il a réalisé un live painting (comprenez qu’il a peint un tableau en public). Il ajoute qu’il a une exposition en cours au Café des Avenues depuis le 1er septembre jusqu’au 18 octobre, et qu’il en prépare encore une autre.

Mais ne perdait jamais la foi

Nous clôturons notre rencontre sur ces conseils qu’il prodigue aux jeunes qui souhaiteraient se lancer dans l’art de manier le pinceau aussi bien que le crayon ou la bonbonne : « Le plus important est la confiance en soi : souvent, on fait quelque chose et au bout on se dit “non, c’est nul”. Il faut éradiquer ces pensées de son esprit, et toujours se motiver. Il est aussi important de rester au contact de l’actualité artistique et de s’adapter aux tendances, sans pour autant renier son style personnel. En définitive, et c’est peut-être le plus important, il faut constamment créer quelque chose, dessiner, croquer, toujours rester au contact de la matière : c’est le B.A.-BA ! » On ne pourra que l’encourager à continuer de produire.

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