2016-09-05 07:28

«Nous construisons quelque chose de grand»

Hockey sur glace

Nouveau propriétaire du Lausanne Hockey Club, l’Américain Ken Stickney explique pourquoi il a repris le club, dans quel esprit il s’investit, et dévoile ses ambitions.

Ken Stickney veut faire du LHC un club de premier plan.

Ken Stickney veut faire du LHC un club de premier plan.

(Photo: Marius Affolter)

Rencontré durant l’été sur la terrasse de l’hôtel Royal Savoy à Lausanne, Ken Stickney renvoie l’image d’un passionné de hockey sur glace. Un homme simple, naturel, raisonnable. Le nouveau propriétaire du LHC, qui a fait des affaires dans la restauration et l’immobilier avant de se lancer dans le business du sport, possède par ailleurs une solide expérience. Il a dirigé une franchise de baseball et connu divers clubs de hockey. Aujourd’hui, il considère sa venue à Lausanne comme une «progression naturelle» dans sa vie. Et, à l’entendre, le quinquagénaire américain a l’air convaincu qu’il y a quelque chose de grand à réaliser à long terme. Entretien exclusif.

Ken Stickney, qu’est-ce qui vous a séduit en premier lieu au LHC?

L’incroyable soutien des fans, l’attraction du club dans la région, mais également le potentiel économique qui existe, principalement avec l’arrivée de la nouvelle patinoire. J’ai toujours rêvé de ce genre de situation.

Comment comptez-vous l’exploiter?

L’objectif est de faire grandir le club et la future enceinte y contribuera beaucoup. D’où la nécessité, aujourd’hui, de tout prévoir dans les moindres détails. Je compare souvent la période qui nous sépare de la nouvelle patinoire à un voyage sur l’océan: si tu es un degré trop à l’est au départ, tu finis au milieu de nulle part. En ce qui concerne notre implication dans ce projet (ndlr: les secteurs liés au catering et les loges), faisons les bons choix, les bons investissements, optons pour les meilleures stratégies et infrastructures en ayant une vision sur le long terme.

A quel point êtes-vous prêt à mettre vos ressources financières à disposition du club?

Il faut un certain apport, j’en suis conscient et je m’y suis préparé. Surtout qu’on veut tout faire pour que cette enceinte devienne un lieu de rendez-vous phénoménal.

Doit-on s’attendre à un propriétaire qui investit aussi dans le budget sportif?

La priorité restera l’aspect structurel. Et puis, il me semble que ce n’est pas toujours l’équipe la plus chère, la mieux payée, qui gagne. Leicester City nous l’a récemment montré en remportant la Premier League de football… Actuellement, on ne peut pas rivaliser avec des organisations telles que Berne ou Zurich. Et on n’a pas la prétention de pouvoir le faire en une saison. La progression de l’équipe accompagnera naturellement le développement du club. Après, si on vient vers moi en me démontrant que le recrutement d’un joueur supplémentaire en particulier est un réel besoin, je serais à l’écoute. Pour autant que cela soit nécessaire et raisonnable.

Lausanne sera-t-il un jour au même niveau que Berne ou Zurich?

Un jour, le LHC sera le meilleur club d’Europe. C’est notre objectif et il sera réaliste une fois que nous serons installés dans la future enceinte. On a en tout cas toutes les cartes en mains pour bien faire. Les dirigeants les avaient déjà avant mon arrivée; il leur manquait juste quelqu’un qui soit prêt à investir. Et croyez-moi, tant que les demandes feront sens, Lausanne aura les ressources financières dont il a besoin.

Quel est votre degré de participation aux décisions prises par le club, qu’elles soient sportives ou économiques?

Je fais entièrement confiance aux personnes en place. Je vais laisser les hockeyeurs faire leur travail, idem pour le coach, le directeur sportif, les dirigeants financiers, les administrateurs… Un gros boulot a déjà été réalisé jusqu’ici, par des gens intelligents, compétents. Bien sûr que l’on m’informe, mais je ne suis que le dernier maillon de la chaîne. Ne vous inquiétez pas, vous ne me verrez jamais sur le banc (rires).

A quelle fréquence serez-vous à Lausanne?

Aussi souvent que ma présence sera souhaitée.

Qu’avez-vous à gagner au LHC?

Je suis un homme qui aime les challenges. Et l’occasion d’inaugurer une nouvelle enceinte dans un marché économique comme celui-là était pour moi le challenge idéal. Etre impliqué dans un tel projet, participer à son lancement, c’est ça qui m’a motivé.

N’espérez-vous pas un retour sur investissement?

Le sport est tout sauf le meilleur moyen de se faire de l’argent. On aimerait évidemment que chaque investissement soit rentable. Mais, pour moi, ça va plus loin. Ce que je recherche, c’est un équilibre entre fun et bon business.

Qu’entendez-vous par «bon business»?

Disons un contexte économique intéressant, dans lequel on limite les pertes. A Kloten, il n’y avait ni bon business ni fun. Quand j’ai appris que Lausanne était à vendre, j’ai immédiatement saisi l’opportunité. Ici, il y a du fun et les pertes sont limitées. Peut-être même que le club pourra gagner de l’argent dans le futur.

Dans ce sens, garantissez-vous que le LHC sera le seul bénéficiaire des recettes générées par la restauration et les secteurs VIP de la future patinoire?

Absolument.

Ces derniers mois, une rumeur selon laquelle vos anciens associés chez Avenir Sports Entertainment pourraient vous rejoindre à Lausanne a circulé…

Ce n’est pas le plan.

Quel rôle a joué Chris McSorley dans votre intérêt pour le LHC?

J’étais attentif à la situation de Hugh Quennec et j’ai compris tout seul que les choses allaient bouger. Je connais Chris personnellement depuis un bout de temps, mais on n’échange pas beaucoup au niveau professionnel. Il n’a vraiment pas joué un rôle clé dans cette transaction.

Vous fonctionnerez donc de manière indépendante vis-à-vis de votre ami et de Ge-Servette…

Totalement. Il n’y a pas d’équipe que je désire plus battre que Genève (rires).

Etes-vous l’unique propriétaire du LHC?

Oui.

Combien de temps vous voyez-vous rester?

Je ne vois pas pourquoi je partirais. On est en train de construire les fondations de quelque chose de très grand. Toutes les pièces du puzzle sont là afin d’écrire une véritable «success story» à Lausanne. Quand on a la chance d’acquérir un club avec un tel potentiel et où le soutien populaire est aussi fort, on veut le garder le plus longtemps possible.

Peut-on avoir une idée du prix que vous a coûté le club?

En tout cas, moi, je le connais. Et je vais garder la réponse pour moi (rires).

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