2016-09-19 14:08

L'immigration comme moteur de l'économie suisse

Rencontre Junker et Schneider-Amman

A quelques heures du discours très attendu de Jean-Claude Junker à Zurich, Credit Suisse montre les bienfaits de l'immigration en Suisse.

Photo d'illustration.

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(Photo: Keystone)

  • Thomas Thöni

  • Zurich

Olivier Adler, économiste en chef de Credit Suisse, et son équipe, n'a pas eu froid aux yeux en abordant ce lundi matin à Zurich la question très brûlante de l'immigration en Suisse, et son influence sur le développement conjoncturel du pays, lors du plus important rendez-vous économique annuel de la banque avec les médias.

Rappelons qu'en emboîtant les pas de Winston Churchill 70 ans auparavant, Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, tiendra dans cette ville du bord de la Limmat un discours très attendu par le gouvernement suisse qui voudra y interpréter comment l'Union européenne réagit aux dernières propositions de la Commission parlementaire suisse, pour appliquer l'initiative «Contre l'immigration de masse».

Immigration centrale aux prouesses économiques suisses

Credit Suisse, comme d'autres établissements, a aussi revu à la hausse sa prévision de croissance pour l'économie suisse, en l'occurrence de 1% à 1,5% pour 2016.

Mais, a argumenté l'économiste en chef du deuxième plus important groupe bancaire suisse, «il ne sera possible de renouer avec une forte croissance économique en Suisse que de deux manières: soit par un redressement plus vigoureux de la productivité, soit par une augmentation de la population active, et cette dernière est fortement affectée par la mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse, étant donné que l'immigration contribue actuellement à la croissance démographique suisse à hauteur de plus de 80%».

Espoirs douchés

Et c'est ici, chiffres à l'appui, que Credit Suisse a démonté l'argument souvent employé selon lequel un ralentissement de la population active suisse, suite à une application restrictive de l'initiative «Contre l'immigration de masse», pouvait être compensé soit par une augmentation du nombre de femmes au travail, soit par une prolongation de l'emploi de personnes s'approchant ou ayant atteint l'âge légal de la retraite (et plus récemment par l'idée zurichoise d'une meilleure cartographie de l'offre et de la demande locale).

Dans le cas où l'initiative «Contre l'immigration de masse» devait être appliquée de façon très restrictive, avec des contingents, des plafonds et un solde migratoire autour de 20'000 à 30'000 personnes arrivant par année en Suisse, et bien les femmes devraient autant travailler que les hommes, «ce qui semble très difficile à atteindre dans le contexte juridique et d'aides financières actuels aux familles», a commenté Olivier Adler.

Il en est de même en ce qui concerne la prolongation du travail des personnes proches de la retraite. Ici, les deux tiers des hommes âgés de 60 à 74 devraient travailler pour compenser la perte de population active générée par une immigration trop faible, et 42% des femmes (contre respectivement 41% et 27% actuellement) devraient en faire de même.

Meilleure solution: ne rien faire

Par contre, une compensation de la perte de population active due à une immigration qui coïnciderait avec le solde migratoire en baisse des dernières années, à près de 60'000 à 50'000 personnes en plus par année en Suisse (suite à une reprise conjoncturelle en Europe), exigerait un besoin supplémentaire de femmes et de séniors moins importants et plus réaliste à atteindre, a poursuivit Credit Suisse.

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