2018-06-11 07:17

Paris et Berlin préparent une nouvelle zone euro

Economie

Un sommet franco-allemand, aussi discret qu’ambitieux, s’est tenu à Paris durant le week-end.

La chancelière allemande Angela Merkel a accepté le principe, au début du mois, d’un budget d’investissement pour la zone euro.

La chancelière allemande Angela Merkel a accepté le principe, au début du mois, d’un budget d’investissement pour la zone euro.

(Photo: Keystone)

  • Philippe Rodrik

Paris et Berlin se mobilisent pour le succès d’une grande réforme de la zone euro. Du coup, le ministre des Finances de la République française, Bruno Le Maire, et son homologue allemand, Olaf Scholz, se sont imposés une rencontre de travail discrète de quatorze heures. Elle a commencé samedi après-midi et s’est terminée dimanche à l’aube.

Les deux hommes ne se sont entendus sur rien. «Nous avons fait des progrès substantiels. Mais, comme auparavant, il n’y a d’accord sur rien tant qu’il n’y aura pas d’accord sur tout», a indiqué une source proche des deux ministres, citée par une agence de presse française.

Cette si prudente évaluation du résultat des discussions du week-end découle de la dimension des ambitions. La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi accepté le principe, au début du mois, d’un budget d’investissement pour la zone euro. Il s’agirait d’une toute grande innovation, allant un tant soit peu dans le sens d’un budget commun. Même si Angela Merkel n’évoque qu’un montant limité à quelques dizaines de milliards d’euros. C’est-à-dire nettement moins que ce que le président français Emmanuel Macron se permet d’espérer.

Paris et Berlin cherchent ainsi à assurer le bon déroulement d’un sommet européen prévu à la fin du mois à Bruxelles. Il portera notamment sur cette grande réforme, tant espérée, de la zone euro. Pour accroître ses chances de réussite, Bruno Le Maire et son complice Olaf Scholz ont d’ailleurs convenu de s’entretenir à nouveau dans le courant de cette semaine. «Probablement par vidéoconférence», a-t-on appris.

Il paraît pertinent de multiplier les précautions, car il s’agit de pallier quelques grandes faiblesses congénitales de la zone euro. L’Union économique et monétaire, créée à la fin du siècle dernier et réunissant actuellement dix-neuf États, se caractérise ainsi depuis le début par un paradoxe embarrassant: la coexistence d’une politique monétaire unique et le maintien de responsabilités budgétaires avant tout nationales.

En France, les experts de la direction générale du Trésor se lassent de cette situation depuis au moins cinq ans: «La mise en place d’un budget commun, ou central, améliorerait significativement le fonctionnement économique et institutionnel de la zone euro. Et cela contribuerait à renforcer son potentiel de croissance.»

Paul de Grauwe, professeur à la London School of Economics, plaide lui-même pour «un grand bond de la zone euro» et la création d’une union budgétaire. «Celle-ci permettra à un gouvernement fédéral d’émettre une dette commune, rendue possible par le pouvoir de taxation. Un tel gouvernement primerait alors sur la Banque centrale européenne en temps de crise. Ou bien la zone euro refuse d’aller de l’avant dans l’intégration politique et cela semble aujourd’hui le choix le plus probable. Dans ce cas, une gouvernance insoutenable entraînera la désintégration de la zone euro.»

Tout le monde est prévenu. Se souciant lui aussi de la solidité de l’Union économique et monétaire, le président français Emmanuel Macron préconise lui-même la création d’un Ministère des finances européen. Cette approche ne suscite cependant guère d’enthousiasme outre-Rhin.

24 heures