2019-02-27 19:54

Être ou ne pas être Européens? La question gangrène le PS

Suisse-UE

Le rejet de l’accord-cadre par un parti qui a pour but l’adhésion à l’UE suscite un malaise. Une ex-élue s’en sert pour démissionner.

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Chantal Galladé, trente ans de politique au Parti socialiste, quinze ans de Conseil national jusqu’en décembre dernier, change de crémerie. La Zurichoise l’a fait savoir avec fracas mercredi dans le «Tages-Anzeiger». À 46 ans, elle choisit de rejoindre les Vert’libéraux.

Chantal Galladé a toujours fait de la politique à l’aile droite du Parti socialiste. Et c’est un secret de Polichinelle qu’elle n’était guère populaire au sein de sa formation. Mais en détaillant à la presse la raison principale qui la pousse à démissionner, elle appuie là où ça fait mal. «Le parti vert’libéral soutient l’accord-cadre et s’engage ainsi pour une relation raisonnable à l’Europe.»

La Zurichoise exprime le malaise ressenti par une minorité de socialistes depuis la publication de l’accord-cadre négocié avec l’UE en décembre dernier. Le PS rejette catégoriquement le traité au motif notamment qu’il ne veut faire aucun compromis dans le domaine de la protection des salaires. Pas question pour lui de réaménager les mesures d’accompagnement, encore moins de reprendre la directive européenne sur le travail détaché. Il s’inquiète aussi d’une reprise des règles européennes en matière de subventions publiques.

En résumé, cet accord qui se présente comme un morceau d’intégration, un pas de la Suisse vers l’UE, va déjà trop loin pour le PS, alors que dans ses statuts, comme dans ceux de l’Union syndicale suisse d’ailleurs, figure l’objectif d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne (UE). Mais pas comme ça.

Pour Chantal Galladé, c’est un jeu dangereux qui met en péril la voie bilatérale. «Une bonne relation à l’Europe est centrale pour l’avenir de nos enfants et de nos places de travail […]. Il y a, avec cet accord-cadre, bien trop en jeu pour qu’un parti puisse se contenter de rester borné sur sa ligne idéologique», affirme-t-elle au «Tages-Anzeiger».

Les mots sont forts. Ils font sortir le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE) de sa réserve. Il dénonce de l’opportunisme politique. «Chantal Galladé a fait de la politique pour sa carrière personnelle. Elle n’a jamais écrit un seul papier interne afin de contribuer au débat du parti!»

Vice-présidente du Parti socialiste suisse, Ada Marra (VD) se dit déçue avant tout pour les militants. «Je suis surprise que quelqu’un qui s’est nourri pendant vingt ans des votes socialistes fasse croire qu’il n’y a pas de possibilités de s’exprimer au PS. Nous ne sommes pas un parti monolithique. Nous avons toujours accueilli plusieurs courants qui ont toujours pu exister.»

La Vaudoise le reconnaît: «Je ne dis pas que la question de l’accord-cadre ne fait pas débat à l’interne. On ne s’en cache pas. Mais pour nous, le mot social reste important.» Le Parti socialiste n’a pas encore répondu officiellement à la consultation menée par le Conseil fédéral sur l’accord-cadre. Sa prise de position écrite est attendue à la fin mars.

Mais depuis que les syndicats ont fermé la porte, il a suivi et est resté fidèle à sa ligne. Carlo Sommaruga n’y voit pas de contradiction avec l’objectif de l’adhésion à terme: «Si on lâche sur la question des salaires aujourd’hui, la relation à l’Europe sera définitivement cassée au sein de l’électorat. Être ferme aujourd’hui, c’est aussi garantir le maintien de la libre circulation demain. Je note d’ailleurs que notre ligne est soutenue par les syndicats européens.»

Faute d’accord-cadre, les chicanes venues de Bruxelles ne manqueront pas. L’image de l’Europe en Suisse ne serait-elle pas aussi inexorablement ternie? «Je me considère comme un Européen. Mais quand je lis dans le dernier rapport du Conseil de l’UE que la Suisse doit abroger ou modifier ses mesures d’accompagnement, je goûte peu à ce genre de diktat! C’est de la responsabilité de l’UE de changer de discours et d’arrêter les menaces.»

64% des Suisses alignés

Un sondage de Vimentis paru mardi amène du vent dans les voiles des socialistes: 64% des sondés, tous partis confondus, ne veulent pas que la Suisse assouplisse ses mesures d’accompagnement en faveur d’un accord-cadre avec l’UE.

Mais le Parti socialiste a aussi pris note d’un autre sondage publié la semaine dernière. Le baromètre électoral de la SSR lui prédit une perte de 1,4 point aux élections fédérales de l’automne. Ses concurrents? Les Verts… mais aussi les Vert’libéraux parmi l’électorat urbain. Pas de quoi infléchir le cours du PS: «Les Vert’libéraux sont des libéraux, pas des socialistes. Le seul chemin possible pour nous, c’est la Suisse sociale dans une Europe sociale», résume Carlo Sommaruga.

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