2018-03-26 22:03

La police vaudoise met les moyens contre le crime en ligne

Délinquance

Dans un contexte de baisse générale de la criminalité, les délits sur Internet sont en hausse. La police se dote d’une brigade spéciale.

La Brigade d’analyse des traces technologiques (BATT) compte onze collaborateurs, dont deux analystes criminels et deux spécialistes informatiques.

La Brigade d’analyse des traces technologiques (BATT) compte onze collaborateurs, dont deux analystes criminels et deux spécialistes informatiques.

(Photo: DR)

  • Patrick Chuard

Pour la cinquième année de suite, les statistiques montrent une baisse des délits dans le canton de Vaud. Les chiffres de la criminalité 2017, présentés ce lundi, font état d’un recul général de 7% des infractions. Heureux pays? «C’est ce que me disent tous mes collègues étrangers lorsque nous nous rencontrons», ironisait lundi Jacques Antenen, commandant de la police cantonale.

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Tout n’est pas rose pour autant. Ainsi, la criminalité sur Internet ne cesse d’augmenter et préoccupe les forces de l’ordre. En 2017, 66% des escroqueries ont eu pour support l’informatique et le Web (contre 48% en 2013 et 21% en 2009). La police a décidé de mettre le paquet en créant une Brigade d’analyse des traces technologiques (BATT). Dotée de onze collaborateurs, dont deux analystes criminels et deux spécialistes informatiques, cette structure «viendra désormais en renfort des autres brigades. En fait le service existait, mais nous l’avons doté de ressources supplémentaires», explique le patron des flics vaudois.

Un cours de base obligatoire, appelé «E-learning», est suivi par tous les agents depuis le mois dernier. «Il permet d’acquérir des connaissances de base concernant le hacking ou l’utilisation frauduleuse d’appareils.» Plusieurs formations sont par ailleurs dispensées aux policiers de la sûreté.

Gare aux arnaques
Les principales escroqueries concernent le commerce en ligne, les fausses identités et les paiements fictifs. La police met en garde contre les arnaques par petites annonces et recommande la prudence sur des plateformes telles qu’Anibis, Ricardo, Facebook, Airbnb et les transactions par PayPal. «Méfiez-vous des bons plans, soyez critiques», conseille-t-elle aux usagers.

L’arnaque n’est pas la seule à fleurir sur Internet. Les insultes aussi: les infractions contre l’honneur sont en hausse (1003 cas dénoncés au Ministère public en 2017 contre 940 l’année précédente). «Le Web donne un sentiment d’impunité qui semble rendre la calomnie plus facile», observe Jacques Antenen.

La baisse globale des délits réjouit l’échelon politique. «L’effort conjoint et coordonné de tous les acteurs de la chaîne pénale porte ses fruits», souligne la conseillère d’État Béatrice Métraux (Verts), chargée de la Sécurité. Les infractions au Code pénal sont passées de 54'500 en 2016 à 50'800 en 2017. Celles qui concernent les stupéfiants ont baissé de 4% à 11'800 cas et les délits à la loi sur les étrangers ont chuté de 21% à 4000 cas.

«La criminalité à l’égard des personnes âgées est préoccupante»

Malgré ces améliorations, «la criminalité à l’égard des personnes âgées est préoccupante. De plus en plus de personnes sont victimes d’arnaques comme celle du faux neveu», relève Jacques Antenen. Des braquages de plus en plus violents sont également constatés par les forces de l’ordre. Si les agressions et les lésions corporelles sont en baisse (respectivement –57% et –16%), les voies de fait et les brigandages auraient tendance à augmenter (+7% et +5%).

La hausse des violences et des menaces contre des fonctionnaires a même pris l’ascenseur de manière préoccupante: 283 cas en 2017 contre 166 en 2016 (+70%). Béatrice Métraux a annoncé ce lundi la création d’un monitoring pour suivre le phénomène. De manière générale, les menaces (+6%) et les cas de chantage et d’extorsion ont augmenté. Le nombre de violences domestiques est qualifié de «stable», avec 2900 infractions constatées en 2017. 328 mesures d’expulsion ont été prononcées contre des auteurs de violences.

Variations régionales
Sur la carte du canton, on repère des variations importantes. Ainsi, les infractions à la loi sur les stupéfiants ont nettement augmenté dans la Broye et ont presque triplé à Sainte-Croix. «Ce n’est pas forcément lié au nombre d’infractions réelles, mais aux opérations policières qui permettent d’appréhender des auteurs», nuance Jean-Christophe Sauterel, chef de communication de la police.

Le Ministère public s’est aussi associé à ce bilan de la criminalité vaudoise. 80% des enquêtes durent moins de six mois, a souligné le procureur Éric Cottier. Quant aux détentions provisoires, elles ont baissé (611 contre 657 en 2016). «Le chiffre reste élevé, admet le magistrat. Mais il est le reflet de la pression que met la chaîne pénale sur la délinquance.»

24 heures

Les cambriolages sont en baisse de 19 % par rapport à 2016 dans le canton.
Les cambriolages sont en baisse de 19 % par rapport à 2016 dans le canton.(Photo: Keystone)