2016-06-06 10:50

Lausanne: un local d'injection à nouveau sur les rails

Toxicomanie

La Municipalité veut ouvrir au Vallon un «espace de consommation sécurisé», chaînon manquant de sa politique en matière de drogue.

Le local d'injection prendra place dans les locaux de la Fondation d'accueil à bas seuil ABS, où se trouvent déjà Le Passage et La Terrasse (photo).

Le local d'injection prendra place dans les locaux de la Fondation d'accueil à bas seuil ABS, où se trouvent déjà Le Passage et La Terrasse (photo).

(Photo: Christian Brun)

  • Alain Détraz

L’an prochain, cela fera tout juste dix ans que les Lausannois refusaient en votation le principe d’un local d’injection de drogues. Lundi, la Municipalité a présenté un nouveau projet pilote allant dans ce sens, en mettant clairement dans la balance la consommation qui se fait aujourd’hui en partie sur l’espace public. Son ouverture est espérée pour 2017. Au mépris de la volonté populaire? Pas sûr. Désormais, la Ville change de vocabulaire en parlant d’un «espace de consommation sécurisé» (ECS). Ce changement semble aller plus loin que la seule rhétorique. Et le projet lausannois bénéficie de l’expérience acquise pendant des années par d’autres villes de Suisse.

C’est que Lausanne est aujourd’hui l’un des rares centres urbains privés de structure d’accueil destinée à la consommation de drogues. Berne, Bâle, Soleure, Schaffhouse, Bienne, Genève et Lucerne s’y sont mises au cours des deux dernières décennies. Sans parler de Zurich, qui en compte quatre. «La consommation sécurisée de drogues ne fait plus débat», affirme Oscar Tosato, municipal socialiste lausannois en charge du Social. Il rappelle que même l’Office fédéral de la santé publique présente les ECS comme «l’une des principales mesures de réduction des risques liés à la consommation de drogues». Ils s’intègrent dans les quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques et répression) de la politique suisse. En 2008, la population suisse avait accepté ce principe dans une révision de la loi sur les stupéfiants.

Huit places

Concrètement, le projet vise l’ouverture d’un local qui comprendra quatre places pour les injections et autant pour la prise de drogue par inhalation. Un guichet pour l’accueil, une salle d’attente et un local de premiers secours compléteront le dispositif. Un peu court pour quelque 500 personnes concernées? Oscar Tosato souligne que seuls les plus démunis seront utilisateurs de cet espace. C’est dans le quartier du Vallon que la Fondation ABS accueillera cette nouvelle structure. C’est là également qu’elle gère Le Passage et La Terrasse. «Cette fondation est l’institution qui a la plus grande expérience du terrain dans le canton», dit Oscar Tosato. Le projet sera financé par la Ville, qui obtiendra en contrepartie une augmentation de subventions cantonales. Le million que coûtera l’exploitation annuelle de cette structure ne devrait donc pas avoir d’impact sur le budget communal.

Hygiène et sécurité

L’objectif est double. Sur le plan sanitaire, il s’agit de limiter les risques pour les consommateurs. L’ECS leur offrira un espace hygiénique pour se shooter plutôt que les WC publics ou les cours d’immeubles. Du point de vue de l’ordre public, les autorités s’attendent à une amélioration de la situation, avec une diminution des scènes de la drogue. Vraiment? La Municipalité l’affirme en mettant en avant une étude scientifique réalisée à Vancouver. Selon cette étude, la mise en place d’un espace de consommation sécurisé a démontré une diminution des shoots dans la rue ainsi que des seringues retrouvées dans l’espace public. Surtout, le nombre de consommateurs n’a pas augmenté. Il a même été constaté une légère baisse, les usagers tendant à privilégier le sniff aux injections intraveineuses.

Mitonné depuis près de quatre ans, l’espace de consommation sécurisé lausannois sera accompagné en collaboration avec plusieurs acteurs, dont la police, sans diminuer pour autant la pression sur les dealers. L’Association de quartier du Vallon sera également intégrée au groupe de pilotage, ainsi que la Fondation du Levant et un service cantonal.

De quoi éviter le retour d’un débat passionné? Cela reste à confirmer. Le PLR, qui avait combattu le local d’injection, semble faire preuve d’ouverture mais admet que la question sera «délicate» au sein de son groupe.

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