2018-04-21 08:35

Malgré une rencontre avec l’Etat, la grève aura lieu

EVAM

Les éducateurs des mineurs migrants et leur syndicat ont été face aux ministres Leuba et Amarelle. Aucune solution n'a été trouvée.

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  • Cindy Mendicino

Le bras de fer continue entre les éducateurs pour enfants migrants et l’État de Vaud. Mardi, le Syndicat des services publics annonce une grève à Lausanne de 15 h à 19 h. Une mobilisation est organisée à 17 h 30, sur la place du Château.

La crise a éclaté il y a un peu plus d’un mois («24 heures» du 14 mars). La cause? Les éducateurs et leur syndicat critiquent le système d’encadrement des mineurs non accompagnés. Ils réclament qu’ils soient suivis par davantage de spécialistes et dénoncent une inégalité de traitement entre jeunes migrants, sous la responsabilité de l’Établissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) et enfants encadrés par le service de protection de la jeunesse (SPJ).

Ils s’opposent aussi à la suppression d’un des quatre foyers pour mineurs du canton. Le mois dernier, ils ont lancé un appel à se saisir du dossier à la conseillère d’État en charge de la jeunesse, Cesla Amarelle (PS).

Jeudi en fin d’après-midi, c’est dans ses bureaux qu’elle a reçu les professionnels en colère. Elle était accompagnée du responsable du SPJ Christophe Bornand. Mais aussi du conseiller d’État en charge de la migration, Philippe Leuba (PLR) et de son chef du service de la population, Steve Maucci. Le directeur de l’EVAM, Erich Dürst, était lui aussi présent. «Cesla Amarelle semblait attentive à ce dossier, se réjouit Letizia Pizzolato. Nous l’avons trouvée à l’écoute, elle avait de nombreuses questions très constructives.»

Le «cœur du sujet» a été atteint, selon elle: «Nous avons pu parler de l’écart entre les moyens alloués aux jeunes migrants et ceux qu’on destine aux autres. Madame Amarelle nous a cependant bien fait comprendre que la question de débloquer davantage de moyens est politique et qu’elle doit désormais être discutée.» Le syndicat indique aussi avoir pu développer sa vision du terrain et informer, y compris sur des événements récents. «La semaine dernière, un jeune migrant a été empoigné par un agent de sécurité, dans un foyer, parce qu’il avait pris de la nourriture dans les cuisines. Tout le monde était d’accord pour dire que ce genre de situation n’est pas souhaitable.»

Leuba dément tout conflit

La réunion a beau avoir été présidée par Cesla Amarelle, celle-ci ne s’exprime pas. Question de primauté sur le dossier, dit-on. «Mais elle a un pied dans la porte, ce n’est pas fini», indique une source à l’État. C’est Philippe Leuba qui assume la communication. Il indique: «Il n’y a pas de conflit entre ma collègue et moi, nous avons préparé cette séance ensemble. Simplement, l’usage veut que les séances soient présidées par le conseiller d’État qui les accueille. Si la prochaine a lieu dans mes bureaux, ce sera moi qui présiderai.»

Sur le fond, le conseiller d’État précise aussi: «Il n’y a pas de divergence entre le SPJ et l’EVAM.» Il rappelle que le canton de Vaud est celui qui offre le meilleur taux d’encadrement aux mineurs non accompagnés. «Ici, c’est 1 éducateur pour 4,6 jeunes. À Neuchâtel, 1 pour 10, en Valais 1 pour 6,7 plus 4 adultes et à Genève 1 pour 7. Nous faisons largement mieux que le reste des cantons.» Il rappelle aussi l’augmentation, début 2017, des effectifs alloués à l’encadrement des mineurs non accompagnés. «Nous mettons des moyens considérables et nous poursuivons la réflexion.»

Celle-ci se déroule sur deux axes. Le premier touche à la prise en charge médicale. «En collaboration avec mon collègue Pierre-Yves Maillard, nous voulons en particulier augmenter la fréquence de passage dans les foyers des spécialistes des troubles psychiques. Notamment pour éviter que des jeunes aient à leur disposition trop de médicaments à la fois. Cela avait eu une influence lors des tentatives de suicide survenues ces dernières années.»

Insertion professionnelle

Autre ouvrage sur le métier: améliorer le «concept pédagogique pour faciliter l’insertion professionnelle», poursuit Philippe Leuba. Élaboré en collaboration avec le SPJ et les éducateurs, le plan consisterait à fournir des moyens «sur mesure, en fonction des besoins des jeunes et non pas de façon standardisée. Il est absurde, d’ailleurs, de raisonner en ces termes. Au SPJ, il n’y a pas d’automatisme dans les moyens alloués. Les choses sont faites en fonction des besoins.»

Entre-t-il en matière pour augmenter les moyens alloués à l’encadrement des mineurs migrants? «Nous devons déterminer les besoins et la manière de les combler. Ce sera fait avant la pause estivale. Ils pourraient déboucher sur une augmentation du taux d’encadrement, ou pas.»

Quant à savoir si les enfants migrants pourraient être placés sous la responsabilité du Service de protection de la jeunesse de Cesla Amarelle, rien n’est sûr. «Il faut tout d’abord voir qu’à leur majorité ils repasseraient à l’EVAM. Mais au fond, ça m’est égal, dit Philippe Leuba. Madame Amarelle et le SPJ n’ont pas formulé de demande en ce sens. Et ce qui est vraiment important, c’est la réponse qu’on apporte à ces jeunes, pas qui la délivre.»

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