2020-02-14 11:08

Benjamin Griveaux renonce à la mairie de Paris suite à un scandale sexuel

Paris

Une vidéo à caractère sexuel a été mise en ligne. Dénonçant une attaque ignoble, le candidat LREM jette l’éponge. Un coup dur pour Emmanuel Macron.

  • Joëlle Meskens

  • Paris

D’une voix blanche, le teint livide, Benjamin Griveaux a jeté l’éponge lors d’une déclaration ce vendredi matin à son quartier général de campagne. «Je connaissais la dureté de la vie politique. Depuis plus d’un an, nous avons subi, ma famille et moi, des mensonges des attaques anonymes, des menaces de mort. Un pas de plus a été franchi. Un site et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettent en cause ma vie privée.» Le candidat LREM renonce à sa candidature à la mairie de Paris. «Ce projet aujourd’hui, il vivra mieux sans moi. Les Parisiens méritent une campagne digne.»

La cause de ce coup de tonnerre? Une vidéo mise en ligne quelques heures plus tôt sur les réseaux sociaux. Des images à caractère sexuel qui a priori ne relèveraient en rien de la justice. Le corbeau est identifié. Il s’agit de Piotr Pavlenski, un artiste russe réfugié en France. Celui-ci revendique la diffusion de la vidéo. Il s’agissait de mettre fin à l’hypocrisie de l’ancien porte-parole du gouvernement qui «ment aux électeurs», a-t-il affirmé à «Libération».

En accord avec le président

Une réunion de crise avait été convoquée plus tôt au siège de campagne. Benjamin Griveaux s’était aussi entretenu dès la veille au soir avec le président Emmanuel Macron.

Ancien porte-parole du gouvernement, compagnon de la première heure du candidat lors de la campagne présidentielle de 2017, Benjamin Griveaux était du premier cercle. Son explosion en plein vol touche l’Élysée de plein fouet. C’est sur lui que le chef de l’État comptait pour décrocher la capitale, qui était censée être «le» trophée des élections municipales. Celui qui ferait oublier la difficile implantation locale du jeune parti présidentiel.

Dès sa mise sur orbite, avec sa désignation en juillet dernier par le comité d’investiture du parti, la campagne de Benjamin Griveaux avait connu des ratés. Malgré sa main tendue au mathématicien, il avait dû affronter la dissidence du député LREM Cédric Villani, qui se réclamait de l’esprit de la campagne présidentielle. Le titulaire de la médaille Fields était déterminé à aller jusqu’au bout, quitte à infliger un affront au président qui avait demandé de se retirer. Puis les sondages avaient résonné comme des coups de semonce. L’un d’eux, publié mi-janvier, donnait Benjamin Griveaux à la troisième place avec 15% seulement, loin derrière la maire socialiste sortante Anne Hidalgo (25%), mais aussi derrière la candidate de droite Rachida Dati (19%).

Ces derniers jours, pour tenter de ranimer sa campagne, Benjamin Griveaux avait promis des mesures choc pour Paris. Ainsi, il promettait la création d’un «Central Park» en lieu et place de l’actuelle gare de l’Est. Il promettait aussi une prime allant jusqu’à cent mille euros (!) pour ceux qui veulent accéder à la propriété dans une capitale où les prix de l’immobilier atteignent des sommets. Mais rien n’y faisait. La mayonnaise ne prenait pas pour l’ancien socialiste qui s’était autrefois mis dans la roue de Dominique Strauss-Kahn mais dont le caractère était diversement apprécié.

«Le marquis de la suffisance» était l’un de ses surnoms. Les «gilets jaunes» l'avaient aussi pris en grippe en défonçant la porte de son ministère lorsqu’il était le porte-parole du gouvernement. Benjamin Griveaux a remercié ses équipes. Mais dès les révélations, une partie de ses soutiens l’ont lâché.

Qui pour le remplacer?

Avec son départ, la majorité perd pratiquement toute chance de l’emporter dans la capitale aux élections de mars. Il va falloir au débotté trouver un autre candidat ou une autre candidate. Plusieurs noms circulent déjà, comme ceux des ministres Marlène Schiappa et Agnès Buzyn, ou celui de l’ancien chef du gouvernement Mounir Mahjoubi.

D’autres, au profil plus local (et plus à droite), comme la maire du IXe arrondissement, Delphine Bürkli, et le conseiller de Paris et député Pierre-Yves Bournazel sont également cités. La maire de Paris Anne Hidalgo a réagi en appelant au «respect de la vie privée et des personnes». Le candidat LREM dissident Cédric Villani évoque «une menace grave pour la démocratie».

24 heures