2019-03-13 21:08

L’ONU sonne le glas pour les glaces de l’Arctique

Climat

L’Arctique aura 4 degrés de plus en 2050. Même si l’on stoppait net toute émission de gaz à effet de serre

Si les émissions de CO2 continuent au rythme actuel, les étés arctiques pourraient être dépourvus de glace dès les années 2030. Au grand dam des ours blancs.

Si les émissions de CO2 continuent au rythme actuel, les étés arctiques pourraient être dépourvus de glace dès les années 2030. Au grand dam des ours blancs.

(Photo: Keystone)

  • Ivan Radja

C’est un constat sans appel qu’a émis mercredi la conférence de l’ONU pour l’environnement qui se tient à Nairobi (Kenya): en 2050, la température hivernale de l’Arctique (pôle Nord) aura augmenté de 3 à 5 degrés, par rapport aux moyennes des années 1986-2005, et de 5 à 9 degrés en 2080. Ce phénomène est inéluctable, et ce même si les émissions de gaz à effet de serre étaient réduites selon les termes et le calendrier décidé lors des Accords de Paris en 2015.

Le CO2 reste 100 ans

Plus inquiétant encore: ces températures moyennes augmenteraient de 4 à 5 degrés d’ici à la fin du siècle, par rapport à la fin du XXe siècle, «quand bien même l’on arrêterait toute émission du jour au lendemain».

Pour Martine Rebetez, professeur de climatologie à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral WSL, cette progression est malheureusement inévitable: «Le CO2, qui est le plus important des gaz à effet de serre, met une centaine d’années à disparaître, ce qui signifie que la quantité déjà émise dans l’atmosphère va poursuivre son œuvre quoi que l’on fasse.»

Ce phénomène est amplifié par la chaleur emmagasinée par les océans. Avec pour autre conséquence nuisible à l’environnement l’acidification des eaux, de 30% plus élevée qu’au début de la révolution industrielle au XIXe siècle. «Les dommages pour les espèces marines de l’Arctique sont particulièrement graves», soulignent les experts de l’ONU. «L’acidité agit comme du citron sur du calcaire», précise Martine Rebetez. Raison pour laquelle des espèces comme les oursins, les coraux ou les mollusques, très impactés, dépensent de plus en plus d’énergie pour construire leurs carapaces.

Bombe à retardement

Sur la terre ferme, le réchauffement alimente un cercle vicieux, poursuit Martine Rebetez: «Les surfaces dépourvues de glace en été sont de plus en plus grandes et le restent de plus en plus longtemps. Or la glace renvoie une grande partie du rayonnement solaire vers l’espace». Le dégel du permafrost est quant à lui une vraie bombe à retardement, car «cela va libérer peu à peu le carbone qui y est emprisonné, soit une estimation de 1,672 milliard de tonnes, ce qui se traduit par des émanations de dioxyde de carbone et de méthane. Même si les Accords de Paris sont respectés, le permafrost va diminuer de 45%», prévient l’ONU.

Accords au point mort

«L’urgence de mettre en application les mesures décidées à la COP21 en 2015 à Paris est manifeste en ce qui concerne l’Arctique, car c’est l’une des régions les plus vulnérables de la planète, soumises aux changements les plus rapides», a déclaré à Nairobi le ministre de l’Environnement finlandais Kimmo Tiilikainen. «Le problème, nuance Martine Rebetez, est que nous avons déjà pris 1 degré globalement depuis la fin du XIXe siècle, et que l’objectif ne doit pas dépasser les 1,5 à 2 degrés. Mais rien n’est encore entrepris concrètement, et les émissions de CO2, de méthane ou de HFC, qui a succédé aux CFC en étant aussi nocif, utilisé dans les climatisations, ne diminuent pas».

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