2019-05-15 21:55

«Est-ce que M. Lauber sauve sa peau? Non, je ne pense pas»

Confédération

L’Assemblée fédérale ne réélira pas Lauber en juin. La Commission judiciaire veut plus d’informations avant de trancher.

Le procureur de la Confédération, Michael Lauber, voit sa réélection repoussée à la session d’automne.

Le procureur de la Confédération, Michael Lauber, voit sa réélection repoussée à la session d’automne.

(Photo: Keystone)

  • Arthur Grosjean à Berne

Michael Lauber a un œil qui pleure et un œil qui rit. La mauvaise nouvelle pour lui, c’est que la Commission judiciaire (CJ) du parlement fédéral a décidé mercredi soir de ne pas recommander sa réélection en juin comme cela était prévu. La bonne nouvelle, c’est que la même commission n’a pas non plus considéré les critiques de l’Autorité de surveillance du Ministère public suffisamment graves pour lui demander de jeter l’éponge.

La Commission judiciaire a décidé à l’unanimité de trancher la poire en deux. Elle repousse la réélection de Lauber à la session d’automne. Elle donnera sa recommandation de vote fin août. Elle demande aussi à l’Autorité de surveillance de lui fournir un rapport intermédiaire sur la procédure disciplinaire engagée. En clair, soit l’Autorité lui fournit du biscuit attestant un problème sérieux avec Lauber et la CJ lui coupera la tête, soit les accusations tournent en rond, et la CJ se prononcera pour une réélection du procureur général.

«L’audition de M. Lauber a été vraiment très touchante», explique le président de la CJ, Jean-Paul Gschwind (PDC/JU). «Est-ce qu’il dit la vérité? Je ne peux pas vous le dire.» Le procureur général Lauber est sous le feu des critiques pour avoir eu des rencontres informelles avec le patron de la FIFA Gianni Infantino. Son Autorité de surveillance lui reproche notamment une 3e rencontre non déclarée et protocolée, dont Lauber et les participants n’ont curieusement gardé aucun souvenir malgré de sérieux indices matériels (voir encadré).

«Michael Lauber a-t-il sauvé sa peau?» demande une journaliste au président Gschwind, très intimidé par la forêt de micros qui se tendent vers lui. «Non, je ne le pense pas, répond-il tout de go. On ne peut pas dire ce qu’il adviendra de M. Lauber. Il y a peut-être des éléments nouveaux qui interviendront d’ici à la session d’automne.» Le président n’avait pas caché dans nos colonnes il y a quelques jours son agacement face à la stratégie offensive de Michael Lauber. Ce dernier accuse l’Autorité de surveillance d’outrepasser ses fonctions et de mettre en danger tout le Ministère public en s’en prenant à lui.

«C’est dommage car le MPC a des ennemis puissants qui se réjouissent de ces querelles»

Lauber peut s’estimer un peu déçu de l’unanimité de la CJ. Mardi, il avait reçu en effet un soutien de poids: celui des Commissions de gestion. Elles estimaient, sans le dire ouvertement, que l’Autorité de surveillance cherchait un peu trop de poux dans la tête de Lauber. La conseillère aux États Anne Seydoux-Christe (PDC/JU) estimait que l’Autorité de surveillance ne devait certes pas faire «une confiance aveugle» au procureur général mais «qu’un lien de confiance» devait exister. Son collègue Hans Stöckli (PS/BE) regrettait cette guerre ouverte entre le Ministère public de la Confédération (MPC) et son autorité de contrôle. «C’est dommage car le MPC a des ennemis puissants qui se réjouissent de ces querelles», disait-il en substance.

«Le bon choix»

Ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est que le nœud gordien n’a pas été tranché. Les élus se donnent un peu d’air pour ne pas se planter. S’ils avaient reconduit Lauber immédiatement, ils prenaient le risque de voir un éventuel cadavre sortir du placard de l’Autorité de surveillance. D’un autre côté, ils ne veulent pas non plus fragiliser le Ministère public en attendant que l’Autorité de surveillance termine une enquête qui peut s’enliser.

Un membre de la CJ, le vice-président du PLR Christian Lüscher, estime que les élus ont fait le bon choix. «Nous nous donnons le temps d’avoir toutes les informations pertinentes. Et nous déciderons d’une recommandation le 28 août au plus tard.» La recommandation de la CJ est importante mais pas déterminante. Ce sont les 246 membres de l’Assemblée fédérale qui trancheront en dernier ressort cet automne. Les deux procureurs généraux suppléants seront, eux, reconduits dès juin.

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