2016-10-22 08:32

«Il faut en finir avec le modèle de la villa individuelle»

Environnement

Les jeunes Verts déposent leur initiative contre le mitage du territoire, forte de 135'000 signatures. Pour plus de durabilité.

Les jeunes Verts ont déposé leur initiative contre le mitage du territoire.

Les jeunes Verts ont déposé leur initiative contre le mitage du territoire.

(Photo: KEYSTONE)

  • Florent Quiquerez

Du gazon synthétique, quelques arbres en pot, un chariot. L’installation jure avec la traditionnelle grisaille austère de la place Fédérale. C’est le décor mis en place par les jeunes Verts pour déposer symboliquement leur initiative contre le mitage du territoire. Sur les quelques 135'000 signatures récoltées, plus de 95'000 sont le fruit du travail des jeunes écologistes. Un record, estiment les responsables. Le texte demande de mettre en œuvre des mesures protectrices pour les terrains non bâtis. Au cœur des revendications, la sauvegarde des terres agricoles et le développement de quartiers durables. Interview d’Ilias Panchard, coprésident des Jeunes Verts.

Votre initiative, c’est un appel à la décroissance? Ça dépend ce que vous entendez par décroissance. Notre initiative propose davantage une réflexion sur le mieux vivre. Prenons l’exemple des écoquartiers. Il y a énormément de gens qui trouvent bien d’avoir un logement en cohabitation. Au lieu d’avoir chacun une perceuse dans leur armoire qu’ils utilisent trois fois par année, ces habitants peuvent se regrouper et avoir une salle de bricolage. C’est ce côté communautaire qui permet d’utiliser beaucoup moins de ressources. On le fait avec les machines à laver, pourquoi pas avec les frigos? La Confédération a mis à l’étude ce concept de quartier durable. Nous exigeons désormais des moyens financiers, des incitations et surtout du soutien logistique. Il faut en finir avec le modèle de la villa individuelle. Avec trente, cinquante ou cent écoquartiers, on pourrait loger énormément de monde avec une bonne qualité de vie et un impact limité sur l’environnement.

Vous parlez aussi de protection des terres agricoles. Les paysans sont-ils derrière vous? On a les soutiens classiques des revendications écologistes. Je pense aux agriculteurs proches d’Uniterre ou de Biosuisse qui sont très sensibles à ces questions. Pendant la campagne, je pense que le contexte va changer. Il y aura une question de fond: est-ce normal qu’en Suisse on consomme plus d’un mètre carré de terres agricoles par seconde? Cette réalité, même si ce n’est pas la seule cause, a aussi un impact sur la fermeture des exploitations. Durant la récolte des signatures, notre texte a suscité de l’enthousiasme auprès de l’électorat agrarien. Beaucoup de citoyens sont derrière nous. Ils se rendent compte que l’impact sur le territoire, ce n’est pas juste dû à l’immigration.

Vous ne faites pas le jeu de l’UDC en insinuant qu’on est trop nombreux en Suisse? Pas du tout. Les jeunes Verts se sont toujours opposés à l’initiative contre l’immigration de masse de l’UDC. On se bat désormais pour une application qui préserve les Bilatérales, et on soutient la libre circulation. Souvenez-vous d’Ecopop, nous nous sommes largement battus contre ce texte. C’est grâce à l’engagement des Verts qu’il s’est pris une claque monumentale. Nous ne faisons aucun lien entre notre initiative et l’immigration. Un exemple pour vous montrer que les deux thèmes sont différents: durant ces trente dernières années, la surface utile par habitant a augmenté deux fois plus vite que de la population. Le problème, c’est l’utilisation des ressources,pas le nombre de personnes qui vivent dans un pays.

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