2017-04-06 07:57

Leuthard veut que l’UE traite la Suisse correctement

Rencontre à Bruxelles

Doris Leuthard se rend ce jeudi à Bruxelles pour parler avec Jean-Claude Junker. Elle ne mettra pas sa langue dans sa poche.

hero image

(Photo: JEAN-PAUL GUINNARD)

  • Arthur Grosjean et Anna Fazioli

- Question délicate: allez-vous accepter la bise vorace du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker?
- On se connaît depuis longtemps, Jean-Claude et moi. Nous allons nous saluer comme il se doit.

- Vous allez lui dire quoi?
- Depuis la votation sur l’initiative «Contre l’immigration de masse», beaucoup de dossiers ont été bloqués. Le Conseil fédéral souhaite une normalisation, une reprise des négociations. Nous allons passer en revue ces dossiers et voir comment nous pouvons avancer. La Suisse, dans la perception européenne, passe pour un pays qui prend uniquement ce qui lui plaît («cherry pickers»). C’est faux. La réalité, c’est que la balance commerciale est largement favorable à l’UE. Cela a même encore augmenté l’an passé. Nous sommes le deuxième investisseur étranger dans l’UE. Nous sommes les bons élèves. Il faut rééquilibrer cette perception entre le géant européen et la petite Suisse. Nous sommes des partenaires! Il faut donc traiter la Suisse correctement, selon son importance économique. Et cela permettra aussi d’améliorer l’image de l’UE en Suisse.

- Les présidents des partis bourgeois, dont le vôtre, veulent stopper les négociations sur l’accord institutionnel avec l’UE. Quel est l’avis du Conseil fédéral, dont la stratégie est assez illisible?
- On lit des choses étonnantes dans les journaux et il y a une grande confusion médiatico-politique. Que dit le Conseil fédéral depuis longtemps? Que si nous voulons poursuivre la voie bilatérale, ne serait-ce que pour moderniser les anciens accords, il faut un accord-cadre. Le système actuel est trop technique et bureaucratique. Un accord institutionnel est dans l’intérêt des deux parties. Mais, bien sûr, chacun défend ses intérêts. Nous avons des différends, des lignes rouges, et nous continuons les négociations. Mais il vaut mieux avoir un accord de qualité qu’un accord à tout prix. Et là, nous rejoignons les présidents de partis: nous ne sommes pas pressés de signer. Mais ces mêmes présidents, qui disent vouloir poursuivre la voie bilatérale, doivent aussi comprendre que nous devons avancer.

- Vous n’avancez pas. Le dossier de la libre circulation des personnes a été résolu à la dernière minute par le parlement. Et l’accord institutionnel traîne depuis des années. Vous concluez quand?
- Ce serait facile de conclure un accord en s’adaptant aux intérêts européens. Mais si c’est contraire aux intérêts suisses, le Conseil fédéral ferait preuve de faiblesse. Et ce serait mauvais. C’est difficile de défendre pied à pied son point de vue. Il y a des différends qui subsistent avec l’UE, empêchant un accord. Mais les conséquences sont-elles graves pour votre vie quotidienne? Je ne le pense pas.

- Ne faudrait-il pas suspendre les négociations si on n’avance pas?
- Pour le moment, cela bouge. Mais laissez-nous travailler dans la confidentialité. Les médias veulent connaître tous les détails des négociations. C’est fou! Si vous négociez avec votre femme, vos enfants ou votre partenaire, vous ne le faites pas sur la place publique. Et à nous, on nous demande d’être totalement transparents. Or nous menons avec l’UE une NÉ-GO-CIA-TION. Et elle comporte des éléments tactiques qui ne doivent pas sortir sur la place publique.

- Le Conseil fédéral a fixé dans ses objectifs de présenter l’accord institutionnel avec l’UE cette année. Et là, vous nous dites que vous prendrez tout votre temps.
- Nous avons des objectifs. Il est souhaitable de les atteindre. Mais pour le Conseil fédéral, seul le résultat compte, pas le timing. S’il faut attendre encore un an pour un bon accord, nous le ferons.

- Le Conseil fédéral ne débloquera pas le milliard pour l’aide aux pays de l’Est s’il n’y a pas d’accord institutionnel?
- Plusieurs éléments sont importants. Mais je ne peux pas me prononcer sur les détails aujourd’hui.

- La meilleure tactique ne serait-elle pas d’attendre les négociations qui vont débuter entre la Grande-Bretagne et l’UE?
- Non. C’est une tout autre approche. La Grande-Bretagne ne veut pas être intégrée au marché européen. Elle vise un accord de libre-échange. Nous sommes largement intégrés dans le marché intérieur. Voilà pourquoi la Suisse accepte les quatre libertés de l’UE, dont celle sur la circulation des personnes.

24 heures