2019-02-11 08:36

Un historien a retrouvé le lac d’Yverdon

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Il fut un temps où le lac de Neuchâtel portait le nom de la ville du Nord vaudois. Cette appellation a duré jusqu’au XIXe siècle.

En 1846, Comité d'Administration de l'Association pour les études d'une communication à établir du Lac Léman au Lac d'Yverdon utilise encore le nom d'origine du plus grand des Trois Lacs.

En 1846, Comité d'Administration de l'Association pour les études d'une communication à établir du Lac Léman au Lac d'Yverdon utilise encore le nom d'origine du plus grand des Trois Lacs.

(Photo: ETH Library)

On connaissait l’infini débat sur le nom véritable de notre lac méridional, le Léman, qui devrait s’appeler lac de Genève, ou inversement. Ce n’est désormais plus le seul écueil du genre. Récemment, à l’occasion des 50 ans de l’Association pour le développement du Nord vaudois, l’historien Christian Schülé a analysé la construction de la nomenclature régionale à travers les siècles. Un sujet abordé dans un numéro spécial du magazine Passé Simple. Et, surprise, le plus grand des Trois Lacs apparaît sous le nom de… lac d’Yverdon, et non de lac de Neuchâtel. Émotion et stupéfaction dans la salle.

La première attestation écrite du lac remonte à l’an 998. On parle, dans l’acte de fondation de l’abbaye de Bevay (NE), de laci everdunensis, soit, en latin, le lac d’Eburodunum (le nom antique d’Yverdon: «la place forte des ifs»). Indiscutable. Selon l’historien, il n’est d’ailleurs pas exclu que le nom remonte à la période romaine. Yverdon est alors sans doute la seule ville au bord du lac. Et surtout le seul port, avant celui d’Avenches. Aucun document ne permet toutefois de s’en assurer. Alors que le Léman est cité comme lacus losanete dans une copie médiévale d’itinéraire romain, la Table de Peutinger.

Pour être exhaustif, citons que des noms comme lac d’Estavayer et lac de Cudrefin ont parfois été repérés au Moyen Âge. C’est toutefois Yverdon qui va dominer durant des siècles. «C’était le point de rupture de charge, là où les marchandises arrivaient, depuis la Thièle par exemple, poursuit Christian Schülé. L’importance de l’endroit va se lire sur les cartes jusqu’à ce que Neuchâtel se développe également.»

«Lac d’Yverdun»

Dès le XVe siècle, lac de Neuchâtel et lac d’Yverdon coexistent. «Ce qui est piquant, c’est aussi de voir écrit «lac d’Yverdun», une orthographe qui a longtemps existé, dans «Voyages dans les Alpes», d’Horace-Bénédict de Saussure, un ouvrage imprimé à Neuchâtel», sourit l’historien. On maintient les deux noms de manière égale en 1862, dans «Voyage en Suisse», de Xavier Marmier: «Des bateaux à vapeur sillonnent chaque jour dans toute son étendue le lac d’Yverdon et de Neuchâtel. Ce lac n’a point la grandeur de celui de Genève, ni l’éclat de celui de Zurich, ni la romantique beauté de celui de Lucerne, mais il est agréable à voir», écrit l’académicien de Pontarlier.

Le rail a tout changé

En fait, c’est sans doute le rail qui fait sombrer le lac d’Yverdon, qui ne subsistera plus que dans la littérature vaudoise, un brin revendicative, durant la première moitié du XIXe siècle. On aura ensuite d’autres priorités. En 1855, Yverdon est l’arrivée de la première ligne de train romande, venant de Morges. Elle ne devient toutefois plus qu’une étape pour les marchandises et les voyageurs quand la ligne se prolonge vers Bienne en 1860. On ne parle même pas de la principale liaison Lausanne- Berne, qui passera par Fribourg et non Yverdon, tranche la Confédération en 1858. «En 1917, on lit «Lac de Neuchâtel, autrefois lac d’Yverdon», c’est déjà du passé, commente l’historien. Le transport de marchandises ne se fait plus sur le lac et Yverdon perd en même temps son statut de tête de lac.»

Pis, en 1874-1875, la correction des eaux du Jura fait baisser les eaux et éloigne la rive du centre d’Yverdon. L’espace gagné sera utilisé pour des entrepôts et une zone de loisirs, la navigation se limitant de plus en plus à la plaisance. Neuchâtel conserve son port, et son lac.