2019-03-13 19:05

Une lettre obscène reçue par Rebecca Ruiz sidère

La candidate au Conseil d’État et la présidente du PS ont reçu un courrier anonyme au caractère pénal, qu’elles ont rendu public. La démarche interpelle, à l’UDC.

La candidate socialiste a reçu la lettre anonyme à son domicile: «C'est la première fois que cela arrive.»

La candidate socialiste a reçu la lettre anonyme à son domicile: «C'est la première fois que cela arrive.»

(Photo: Yvain Genevay-A)

  • Vincent Maendly

Consternation sur Facebook mardi matin. La présidente du Parti socialiste vaudois, Jessica Jaccoud, puis la candidate au Conseil d’État Rebecca Ruiz, ont chacune publié une lettre anonyme qui leur a été adressée – vraisemblablement écrite par la même personne. Un courrier dactylographié aussi concis qu’obscène et injurieux. «En 2019, en pleine année féministe, voilà ce que c’est d’être une femme et de faire de la politique dans le canton de Vaud. #MeeToo», écrit la première. «Lamentable de veulerie et de lâcheté», ponctue la seconde. Largement partagées, leurs publications suscitent la compassion de nombreux internautes, politiciens ou non.

Certains à l’UDC ont toutefois tiqué sur le timing. Ce début de semaine, la candidature socialiste était malmenée par une dénonciation pénale au sujet d’un contrat de travail tarabiscoté à l’État de Vaud. Brandir cette lettre nauséabonde ne tiendrait-il pas lieu d’opportun contre-feu? Sur le plateau de La Télé mardi soir, ces épisodes se voyaient liés, qualifiés globalement «d’attaques personnelles» par Jessica Jaccoud. Car peu avant, le vice-président de l’UDC du Nord vaudois, Ruben Ramchurn, sous-entendait sur les réseaux sociaux que les courriers pouvaient avoir été écrits par le Parti socialiste: «Rien ne prouve que ce message est un vrai. La victimisation est devenue un fonds de commerce au PS», écrivait-il.

Un refrain déjà entendu durant la campagne: notamment après que Rebecca Ruiz a accordé une longue interview au «Matin Dimanche» où elle dénonçait la campagne agressive du parti agrarien à son encontre. «Moins sur cette histoire de courriers – aux propos inadmissibles – que sur les questionnements liés aux activités professionnelles passées de Rebecca Ruiz, on sent que la gauche tente de se poser en victime», estime le président de l’UDC vaudoise, Jacques Nicolet.

La publication de ces missives malveillantes appuie-t-elle une stratégie de com? Jessica Jaccoud met les points sur les i: «J’ai ouvert cette lettre lundi soir, à mon domicile. Je l’ai postée sur Facebook le lendemain. Un élu UDC m’accuse publiquement de l’avoir fabriquée, cela montre que l’on est dans une incompréhension totale de ce qu’il est tolérable de faire dans une campagne électorale. C’est une double agression. D’abord recevoir ce type d’injures, puis être accusée de mentir.» Rebecca Ruiz dit avoir découvert la lettre dans sa boîte en fin de semaine dernière. Elle s’est décidée à la poster sur Facebook en découvrant que sa collègue de parti en avait aussi reçu une.

«Il faut retourner le fardeau de la responsabilité, lance Jessica Jaccoud. Ces lettres obscènes, nous les subissons. Et les dénoncer aujourd’hui publiquement permet de rendre la politique plus accueillante pour les femmes.»

«Ce n’est pas la première fois que je reçois des injures par écrit, mais c’est la première fois que je reçois une lettre à mon domicile en pleine campagne électorale, avec de tels propos, commente Rebecca Ruiz. Je sais que des collègues féminines de tous bords politiques subissent fréquemment des attaques à caractère sexuel. J’ai l’impression que les réseaux sociaux offrent une place rêvée pour les personnes s’adonnant à ces activités.»

Pour Jacques Nicolet, ces «aléas» font hélas partie de la politique. «Les lettres anonymes, les journalistes fouineurs: j’ai aussi connu ça quand j’ai été candidat (ndlr: au Conseil d’État en 2017). Il faut avoir une carapace solide: c’est important pour la fonction de conseiller d’État.»

Les deux socialistes réfléchissent à l’opportunité de déposer une plainte pénale, mais précisent qu’elles ne le feront pas avant la fin du second tour de l’élection.

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