2018-10-16 07:20

Une vie consacrée à la promotion du solaire

Lavigny

Lucien Keller reçoit ce mardi le Prix solaire suisse pour son rôle de précurseur en matière d’utilisation rationnelle de l’énergie.

Lucien Keller devant sa maison où il a installé, en 1978 déjà, quelque 50 mètres carrés de panneaux solaires.

Lucien Keller devant sa maison où il a installé, en 1978 déjà, quelque 50 mètres carrés de panneaux solaires.

(Photo: Florian Cella)

  • Alain Detraz

«À l’époque, il fallait se battre pour pouvoir poser 4 m2 de panneaux solaires et maintenant on n’envisage plus de construire sans cela.» Âgé de 70 ans, Lucien Keller résume ainsi le fossé qui a été franchi entre l’époque du tout nucléaire et les inquiétudes actuelles pour le climat mondial. Il est l’un des artisans de cette évolution, estime l’Agence solaire suisse, qui lui remet ce mardi son prix 2018. «Lucien Keller a été un précurseur et un acteur majeur, dès le début de sa carrière, dans tous les domaines de l’utilisation rationnelle de l’énergie et notamment du solaire», justifie l’association.

«On lisait partout que le nucléaire c’était très bien. Or c’était des mensonges puisque la littérature scientifique disait le contraire»

Dans sa maison de Lavigny, des tuyaux courent sous l’avant-toit. C’est un système solaire – photovoltaïque et thermique – tout neuf qui remplace celui que l’ingénieur avait construit lui-même. Un «bricolage» qui aura tenu 40 ans, démontrant à lui seul la durabilité de ce procédé. «J’avais pour ambition de stocker pendant tout l’hiver de l’eau chauffée en été, raconte le scientifique. Mais la réserve que j’avais installée sous terre a été ruinée par les taupes.» Le stockage de l’énergie solaire, c’était le dada de ses débuts. Un Graal que l’humanité ne semble pas près d’atteindre. «La recherche autour de ce thème tourne en rond, observe Lucien Keller. Tous les dix ans, on relance les mêmes études.»

C’est au cours de ses études en chimie qu’il s’est intéressé à l’énergie solaire. «On lisait partout que le nucléaire c’était très bien, rappelle-t-il. Or c’était des mensonges puisque la littérature scientifique disait le contraire.» L’étudiant a alors versé dans la mouvance antinucléaire. «Mais elle était noyautée par la Ligue marxiste, qui n’était pas un modèle de démocratie.» Le combat politique cédera le pas à son pendant technique et, après quelques années de collaboration à l’EPFL, Lucien Keller crée son bureau d’ingénieur.

Si son cabinet a participé à l’élaboration de constructions primées dans le domaine énergétique, c’est aussi son travail associatif que récompense le Prix solaire. Il a présidé plusieurs associations suisse et vaudoise pour l’énergie solaire, qui ont œuvré pour faire reconnaître son efficacité.

Celui qui passait pour un gauchiste extrémiste à ses débuts considère le chemin parcouru avec un regret. «Je me fais du souci, dit-il. Face au réchauffement planétaire, on a commencé à réagir très tard et pas assez fort.» Pas sectaire, il considère aussi la production d’électricité éolienne avec bienveillance: «Je préfère voir des sapins et des éoliennes sur nos crêtes plutôt que des palmiers.»

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