2019-02-19 23:34

Le coup de pied du pape François

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  • Patrick Chuard

Le pape convoque dès jeudi, à Rome, les plus hauts responsables de l’Église pour une réunion sur «la protection des mineurs». On a comme une impression de déjà-vu et de déjà entendu. L’institution catholique fait des efforts depuis quinze ans pour tenter de réparer ses erreurs. À la suite de Benoît XVI, les évêques suisses ont demandé pardon en 2010 déjà pour toutes les souffrances infligées par des prêtres à des enfants. Mgr Charles Morerod a prouvé plusieurs fois ces dernières années que la tolérance n’est plus de mise dans son diocèse. Affaire réglée? C’est ce que voudraient de nombreux croyants, fatigués de voir leur Église traîner ce boulet moral, excédés de voir sans cesse de «nouvelles» affaires ressurgir alors que les faits sont déjà anciens.


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Le film «Grâce à Dieu» de François Ozon, qui sort ce mercredi, montre au contraire que le problème est loin d’être réglé. Des évêques français ne saisissaient pas la nécessité, il y a quelques mois seulement, de faire le ménage dans leur diocèse et de réparer les torts infligés. On sait qu’un pourcentage de pédocriminels est à l’œuvre dans le clergé catholique mondialisé qui compte des centaines de milliers de prêtres. Puisque la question reste taboue dans de nombreux pays, on peut en déduire que des prédateurs agissent encore en toute impunité – comme dans toute institution qui ne prend pas de mesures suffisantes contre ce fléau.

«Un pourcentage de pédocriminels est à l’œuvre dans le clergé catholique»

Cette histoire tragique n’aura pas de fin tant qu’un changement des mentalités ne s’opère pas dans l’institution romaine. Le pape François est mis au défi de mettre un coup de pied dans la fourmilière, de secouer le cléricalisme de son Église. On le sait déterminé, lui qui n’hésite pas à mettre à la porte des prêtres et des évêques indignes, lui qui a préfacé en 2017 le livre du Fribourgeois Daniel Pittet, «Mon Père, je vous pardonne». Comme le dit un personnage de «Grâce à Dieu», il est urgent «d’amener de la lumière dans l’obscurité», et cela «au nom des victimes et de leurs familles, au nom aussi de tous les prêtres qui n’ont rien à se reprocher».

Les responsables de l’Église seraient inspirés d’écouter François. Comme Mgr Barbarin aurait dû écouter Daniel Pittet qui lui promettait d’être «crucifié» s’il persistait à ne pas agir.

Patrick Chuard, rubrique Vaud et régions
Patrick Chuard, rubrique Vaud et régions