2020-02-14 10:11

Le havre de paix des animaux de la Riviera sous haute protection

Nature

À Blonay, Montreux et La Tour-de-Peilz, la forêt de Folly-Molard est mise sous protection. Il faudra rester sur les sentiers battus.

Un lièvre variable, pro du camouflage, au Folly, sur les hauts de Montreux.

Un lièvre variable, pro du camouflage, au Folly, sur les hauts de Montreux.

(Photo: Claude Moreillon/DR)

  • Claude Béda

Ultimes refuges d’espèces rares et menacées, les forêts font désormais l’objet de toutes les attentions. Sur la Riviera, un secteur de 151 hectares au Folly-Molard, à cheval sur les communes de Blonay (89 ha), Montreux (37 ha) et de La Tour-de-Peilz (25 ha), vient d’être mis sous protection. Une convention a été signée entre le Canton, les trois Communes et trois sociétés d’alpage privées.

«Les forêts resteront ouvertes au public, mais il s’agira de ne pas sortir des sentiers battus», explique Caleb Walther, municipal à Montreux. «L’idée n’est pas d’interdire, mais de canaliser le flux des promeneurs», ajoute le chef forestier Alexandre Allenspach.

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Situé entre 1300 m et 1750 m d’altitude, le secteur du Folly-Molard offre un paysage typique des Préalpes, entre pâturages, forêts et alpages. Grâce à cette richesse de milieux différents, la région présente une grande diversité pour ce qui concerne la faune et la flore. Le périmètre mis sous protection comporte à la fois des réserves forestières «naturelles» et des réserves forestières dites «particulières». Dans les premières, l’objectif est de garantir le développement naturel du cycle forestier, sans aucune intervention. «Cela, sauf grosse épidémie de bostryche (ndlr: un petit coléoptère ravageur d’arbres)», commente Serge Lüthi, inspecteur forestier.

Là, les bois ne seront par conséquent plus entretenus, permettant à la dynamique forestière naturelle de s’épanouir librement. Seul l’entretien et la sécurisation des chemins pédestres seront maintenus. «Nous encourageons les visiteurs à rester sur ces sentiers, également pour des raisons sécuritaires, relève Anne Golay, cheffe de section Biodiversité en forêt au Canton. Car une forêt qui n’est pas entretenue peut comporter des dangers.»

Le tétras-lyre à l’étroit

Dans les réserves dites «particulières», les forestiers favorisent des espèces rares et menacées grâce à des mesures ciblées. Il s’agit de conserver et de développer les habitats favorables aux oiseaux de haute valeur de la région: le tétras-lyre, la gélinotte ou encore la bécasse des bois. Comme tous ceux-là raffolent des myrtilles, les myrtilliers seront mis en lumière. Des forêts seront aussi ouvertes pour faciliter l’envol des tétras-lyres. Car le célèbre coq est à l’étroit dans ces bois.

Le programme environnemental prévoit donc de lui aménager de plus grandes places pour parader ainsi que des aires d’envol, sortes de corridors de fuite face aux prédateurs, lynx, renards ou humains. Et de vieux arbres seront préservés afin de permettre à des espèces cavicoles, tel le pic tridactyle, de se développer. «Dans les réserves dites naturelles, nous cherchons à favoriser les insectes ou encore les champignons qui sont liés à la présence de bois morts», commente Reynald Keller, inspecteur des forêts.

Situé entre 1300m et 1750m d’altitude, le Folly-Molard offre un refuge idéal pour le tétras-lyre et autres espèces menacées. CREDIT: CLAUDE MOREILLON

L’État de Vaud soutient financièrement la mise en place de la réserve forestière. La convention définit les conditions de mise en œuvre, le calcul de l'aide financière, les modalités de paiement ainsi que les obligations des parties en matière d'exécution. «Avec cette convention, les propriétaires publics et privés s’engagent à ne rien faire dans leurs forêts pour une durée de cinquante ans, précise Anne Golay. Et nous leur versons une subvention pour compenser la perte de rendement émanant de la vente de bois.»

En Suisse, la forêt, qui représente 31% du territoire, offre un habitat à près de la moitié des 3600 animaux jugés prioritaires, principalement des oiseaux et des mammifères. Dans le canton, elle abrite encore des milliers d’espèces animales et végétales, mais dont certaines peinent à survivre. C’est pourquoi l’Inspection cantonale des forêts s’attelle à développer les réserves forestières, les îlots de vieux bois, à revitaliser des lisières et à valoriser les habitats de ces espèces prioritaires.

Une priorité stratégique

Actuellement, les réserves forestières représentent 3,4% du territoire des forêts vaudoises. Compte tenu des projets en cours, ce taux grimpera à 4,6% à la fin de l’année. À terme, la Direction générale de l’environnement (DGE) entend placer 10% des forêts cantonales en réserve. La plus vaste du canton est actuellement celle de la Pierreuse au Pays-d’Enhaut (1142 ha, dont 620 en forêt). La deuxième (350 ha) a été créée l’année dernière dans le vallon de l’Hongrin, à cheval sur Veytaux, Villeneuve, Rossinière et Château-d’Œx.

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