2016-06-17 18:43

Contre les dealers, le Tunnel placarde son ras-le-bol

Lausanne

Commerçants et habitants du quartier se révoltent contre le trafic de rue. Les banderoles fleurissent sur les immeubles.

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  • Alain Détraz

«Désherbons le Tunnel», affiche la fleuriste. «No drugs!» anglicise un restaurateur. Ou encore: «Banaliser le deal = la mort sociale». Les banderoles ont fleuri à Lausanne, le long de la rue du Tunnel. A deux pas de la place du même nom et de celle de la Riponne, le bal des dealers et de leur clientèle finit par lasser, autant les commerçants que les habitants. Ils se sont réunis pour manifester leur ras-le-bol.

La question n’est pourtant pas nouvelle dans le secteur. «Mais, sans se parler, tout le monde a eu envie de faire quelque chose au même moment», témoigne Stéphane Jonin, patron du P’tit Lausannois. Il estime que la situation s’est aggravée. Le va-et-vient est incessant. Devant les vitrines, les vendeurs de drogue patientent, téléphone et cigarette à la main. Côté consommateurs, les seringues et autre matériel de consommation se retrouvent un peu partout. «On en a même vu dans des poussettes», dit-on.

«Une femme a déféqué devant ma terrasse»

Patronne de Chez Mamma Elisa, Lella Toth manie les images fortes, alors que sèche au soleil la peinture rouge de banderoles toutes fraîches. «Imaginez qu’un jour, en plein après-midi, une femme a déféqué devant ma terrasse», lance-t-elle. Elle assure en outre que cette scène de la drogue provoque son lot de violences dans le quartier. Des habitants se seraient fait agresser.

Le sentiment de ne pas être entendus domine chez ces mécontents. «On s’occupe des toxicomanes, mais qui s’occupe de nous?» résume Lella Toth, qui publie sur Internet les images des seringues qu’elle trouve le matin devant son commerce. «Nous devons nous soumettre aux règles de la police du commerce, mais les dealers passent quinze heures par jour dans la rue sans être inquiétés», poursuit Stéphane Jonin. A cela s’ajoute un sentiment d’insécurité. Certains commerçants ont refusé les banderoles par peur de représailles.

Pas de zone de non droit, selon la police

C’est à la suite d’une réunion de quartier, samedi dernier, qu’elles ont vu le jour. Un premier pas qui pourrait mener à la création d’une association. «On est à deux pas de l’Hôtel de police et du Palais de Rumine, où siège le Grand Conseil, et la Ville n’arrive pas à tenir cette zone», assène Stéphane Jonin.

Du côté de la police lausannoise, on indique pourtant ne pas laisser ce secteur à l’abandon. «Il n’y a pas de zone de non droit, dit Sébastien Jost, porte-parole. Nous sommes conscients de la pression exercée sur ce quartier et n’avons pas diminué notre présence.» Des arrestations ont lieu, mais les dealers connaissent les règles et évitent de transporter des quantités de drogue qui les cloueraient au trou. Municipal en charge de la Police pour quelques jours encore, Grégoire Junod dit avoir conscience d’un problème «qui n’est pas simple à résoudre». Il indique son intention de rencontrer prochainement les acteurs du quartier.

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