2017-03-28 21:13

L’âme des vieux moulins d’Orbe est en péril

Orbe

Ce témoin de l’histoire industrielle du canton fait l’objet d’un projet résidentiel. Ses occupants s’inquiètent.

A l'ombre d'un silo encore en activité, les anciens moulins d'Orbe, à gauche, s'inquiètent pour leur avenir. Un complexe projet de requalification vise ce site historique, entretenu depuis 2009 par une équipe de passionnés.

A l'ombre d'un silo encore en activité, les anciens moulins d'Orbe, à gauche, s'inquiètent pour leur avenir. Un complexe projet de requalification vise ce site historique, entretenu depuis 2009 par une équipe de passionnés.

(Photo: Jean-Paul Guinnard)

Tourbillonnant dans ce dédale de vieux ateliers, silos à grains et locaux à turbines hydrauliques (3 km2 de plancher en tout), Pierre-André Vuitel excelle dans l’art de rendre vivant chaque recoin de ce vestige des débuts de l’histoire industrielle du canton. On plonge alors dans le XVe siècle ou plutôt la fin du XXe siècle, quand les Moulins Rod étaient encore l’un des plus grands fournisseurs de grains de Suisse.

Mais aujourd’hui, Pierre-André Vuitel, locataire et âme de cette friche bricolée en musée et en bouillonnant centre culturel depuis 2009, l’a plutôt mauvaise. Le propriétaire, le groupe Orllati, prévoit de s’attaquer à une requalification de la totalité des anciens moulins. Il doit en sortir un ensemble à vocation résidentielle, avec, selon nos informations, 45 à 50% d’espaces réservés à des activités socioculturelles. Sous-entendu à destination des occupants actuels. Reste que ceux-ci sont prêts à tout sauf à s’en accommoder.

Arrêt des projets

«En neuf ans, on n’a été tenu au courant de rien. C’est illogique, s’emporte Pierre-André Vuitel. C’est l’enveloppe historique dans son ensemble qui fait sens, avec le discours qui l’accompagne. Garder quelques bouts de murs et nous mettre dans un coin ne servira à rien.» L’énergique moteur de l’association – Développement 21 – qui vit notamment de dons et de l’encadrement de dizaines de personnes en réinsertion professionnelle, ajoute qu’il se voit mal fermer le temps des travaux. «Ça voudrait dire qu’on arrête tous nos projets», lâche-t-il. Pour l’heure, ceux-ci comprennent notamment l’aménagement d’un vitrage dans les anciens conduits d’échappement, afin d’admirer la faune aquatique, ainsi qu’un système de lentille dans le toit du bâtiment, afin d’y refléter le panorama. Chaque année, 2900 à 3400 visiteurs se rendent sur le site.

L’entreprise Orllati n’aura toutefois pas les coudées franches: les bâtiments sont recensés en note 3 par les Monuments historiques. Les travaux seront donc assortis de conditions de préservation élaborées par le Canton et sous responsabilité de la Commune. «C’est un ensemble intéressant, un témoin à préserver de l’architecture industrielle, relève Laurent Chenu, conservateur cantonal des monuments et des sites. Il faudra soigner la structure et la substance historique, ainsi que les éléments de force hydraulique. On peut en tirer parti dans un projet résidentiel; c’est complexe, mais pas impossible.»

La Commune prévoit une réunion avec tous les locataires concernés. «L’équipe des anciens moulins a fait un énorme travail et on en est conscients, souligne Henri Germond, syndic d’Orbe. En l’état, on peut seulement vérifier si le projet respecte le cadre légal et voir comment se positionner lorsque l’ensemble sera connu.» L’élu prévient au passage que la Commune n’a pas les moyens de racheter la parcelle. Stratégiquement située entre le centre historique et la plaine, le prix se chiffre en millions de francs. Ce qui ne rassurera justement pas les locataires des vénérables moulins Rodynam, qui caressaient l’idée de monter une fondation et de reprendre les bâtiments.

«On peut en tirer parti dans un projet résidentiel; c’est complexe, pas impossible»

A terme, les acteurs des anciens moulins, des mosaïques et du musée du vieil Orbe espèrent pouvoir monter un projet de valorisation du site, en mettant peut-être en commun une partie de leur force. «On s’inclinera devant la volonté du propriétaire, mais il y a une lourde pesée d’intérêts à faire, soupire Pierre-André Vuitel. On est à un moment où Orbe va accueillir des habitants et se lancer dans le développement d’un nouveau quartier, celui de Gruvatiez. Il est indispensable de garder en regard un pôle historique. On n’est que des locataires. Mais on sent qu’on est dépositaires de quelque chose laissé par les anciens occupants.»

Pour la Commune, l’enjeu est également historique. Le site avait été identifié, dans les projets de développement de 2012, comme un secteur à valoriser et à transformer en porte d’entrée de la ville.

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