2017-09-16 11:24

Des spécialistes au chevet des vieux moulins d’Orbe

Urbanisme

Vestige industriel visé par un projet immobilier, les anciens Moulins Rod seront d’abord scrutés par des archéologues et des historiens

L’avenir de l’ancien ensemble industriel dépend d’une étude spécialisée.

L’avenir de l’ancien ensemble industriel dépend d’une étude spécialisée.

(Photo: FLORIAN CELLA)

Précieux témoin du passé industriel du Nord vaudois et friche culturelle urbigène, les anciens Moulins Rod ne sont pas encore fixés sur leur sort. Avant tout coup de pioche dans ce fatras de murs et d’édifices où se soutiennent pêle-mêle des annexes de 1960, des murs médiévaux et des antiques tuyaux, les Monuments historiques exigent une étude poussée du bâtiment par un bureau de spécialistes. Archéologues et historiens des monuments auront du pain sur la planche.

C’est que le site est seulement au bénéfice d’une protection générale, soit une reconnaissance des façades avec, en théorie, nécessité de conserver les planchers et la «substance» d’un édifice. Une mesure de protection basse, mais qui peut évoluer suivant les surprises que pourraient réserver les travaux ou les investigations. En sachant qu’il revient à la Commune de donner ou non le permis de construire.

«Redonner une jeunesse» au site

En face, le groupe Orllati, propriétaire des lieux, affiche sa volonté de collaborer avec les acteurs concernés. «Cette étude est le passage obligé, dans la collaboration avec la Commune et les services de l’Etat, pour savoir ce qui sera conservé ou pas, précise Robert Ischer, CEO du groupe. Notre volonté est de respecter l’avis des spécialistes et de conserver ce qui a une valeur historique.»

A ce stade, le projet d’Orllati est de «redonner une jeunesse» à ce site charnière d’Orbe, à mi-chemin entre le centre-ville et le futur quartier de Gruvatiez. «On souhaite ouvrir une cour intérieure, rendre publique la passerelle qui franchit l’Orbe et permettre aux gens de s’approprier ce site. Il lui faut de la vie», poursuit le directeur. Cela passe par quelque 2000 m2 de logements – une trentaine de petites surfaces avec un loyer destiné à la population locale – et une surface équivalente pour des activités socioculturelles. Les plans évoquent un théâtre, de la restauration, des galeries et des expositions, ainsi que des terrasses le long de la rivière. La plus grande modernisation est prévue dans les étages ainsi que dans les parties les plus récentes, soit dans les extensions aval et amont de ces anciens moulins, un temps parmi les plus importants de Suisse.

Réflexion globale à mener

Orllati espère pouvoir lancer ses travaux début 2019. Le groupe souligne l’importance de mener une réflexion globale sur le développement du secteur, dans lequel les anciens moulins ne font pas forcément figure d’opération visant une grande rentabilité. A noter que l’objectif est de l’inscrire également dans un périmètre de développement répondant aux critères «One Planet Living» du WWF, à l’image du nouveau quartier de Gruvatiez.

Les premières moutures de transformation des moulins projetaient de ne conserver que les façades et le noyau du complexe. Pas assez, selon le Canton. «Les intentions du propriétaire sont tout à fait louables et en grande partie compatibles avec la préservation du patrimoine, rassure désormais Laurent Chenu, conservateur cantonal aux Monuments historiques. Mais on fait face à un ensemble d’une grande complexité. Il faut trouver un équilibre dans le projet, une cohérence et une harmonie. Pour ça, il nous faut des informations complémentaires.»

«Une valeur presque immatérielle»

C’est que ce projet fait figure de pionnier dans la réhabilitation des témoins proto-industriels du canton. Des ensembles peu connus et dans le viseur des architectes. «La difficulté, avec ce type de structures, c’est que leur valeur est presque immatérielle. Il n’y a pas que les murs, poursuit Laurent Chenu. Il y a le mobilier, sa disposition, son équilibre qui participent à leur définition patrimoniale.»

Actuel locataire des lieux et agitateur culturel local au bénéfice d’une prolongation de bail, Pierre-André Vuitel et son association Développement 21 ne comptent toutefois pas se laisser faire. Il demande plutôt qu’on ne touche pas aux édifices. «Nous aiderons les archéologues, dit-il. Mais nous sommes confiants qu’à terme une solution intelligente sera trouvée pour préserver ce qui doit l’être, avec des espaces suffisants pour l’accueil du public.»

24 heures

Le promoteur envisage une transformation lourde dans les parties les plus récentes des anciens moulins d'Orbe. Il est prévu de conserver en tout cas les façades et le noyau médiéval et industriel du complexe. Le but est d'installer une trentaine de logements et une surface identique pour des activités socio-culturelles.
Le promoteur envisage une transformation lourde dans les parties les plus récentes des anciens moulins d'Orbe. Il est prévu de conserver en tout cas les façades et le noyau médiéval et industriel du complexe. Le but est d'installer une trentaine de logements et une surface identique pour des activités socio-culturelles.(Photo: Brönnimann & Gottreux Architectes)