2017-01-20 11:36

Orbe garde espoir de garder Mohamed Bangoura

Asile

Le comité de soutien urbigène au requérant d'asile continuera son combat «jusqu'au bout». En Suisse depuis 18 ans et débouté par la Confédération, il est sous le coup d'un renvoi en Guinée.

En Suisse depuis 1999, le quadragénaire Mohamed Bangoura refuse de retourner en Afrique. L'affaire a pris une tournure politique, alors que ses partisans et les autorités sont divisées sur son pays d'origine.

En Suisse depuis 1999, le quadragénaire Mohamed Bangoura refuse de retourner en Afrique. L'affaire a pris une tournure politique, alors que ses partisans et les autorités sont divisées sur son pays d'origine.

(Photo: Erwan Le Bec)

«On regrette une décision inhumaine. C’est un brave type qui n’a fait de mal à personne en dix-huit ans, qui s’est intégré et qui a toujours voulu rendre service. Je le sais, il me demandait sans arrêt du boulot. Pourquoi vouloir le renvoyer?» Ancien municipal d’Orbe et fer de lance du comité de soutien à Mohamed Bangoura, Pierre Mercier avait la voix chargée hier matin. A ses côtés, le groupe d’Urbigènes présentait son programme pour tenter de soustraire ce requérant d’asile à un renvoi en Afrique: éventuelles suites juridiques, appel à la Cour européenne des droits de l’homme, aide du Service social international… «Nous nous battrons jusqu’au bout!» a conclu l’ancien journaliste sportif, sous l’œil grave du député Denis-Olivier Maillefer.

Porté par un fort soutien local, ce requérant hébergé depuis 2011 dans l’abri PCi d’Orbe, et qui a notamment œuvré dans les forêts du Suchet ou comme aide-concierge communal, est au cœur d’une procédure qui a pris une tournure politique. Sa pétition de soutien, signée par quelque 800 personnes, a été renvoyée en octobre, par une courte majorité, du Grand Conseil au Conseil d’Etat. En vain. Ce dernier a récemment dit ne pas vouloir entrer en matière. «Les positions se durcissent», ou «Berne hausse le ton, il y a quelques années, Lausanne aurait fermé les yeux», dit-on du côté d’Orbe.

«Je n’ai pas d’avenir là-bas. Ma vie est ici.»

Pour le conseiller d’Etat Philippe Leuba, les choses sont toutefois claires. «Nous n’avons pas de compétences en la matière, et je suis contraint d’appliquer les décisions fédérales. Six mois après son arrivée en Suisse, M. Bangoura a reçu une décision du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM): il sait depuis qu’il n’obtiendra pas l’asile en Suisse. S’il est encore ici, c’est qu’il refuse de se soumettre à notre ordre juridique.» Deux cantons, le SEM et le Tribunal fédéral ont en effet rendu des décisions négatives. Les Urbigènes ne sont pas d’accord. Pour eux. leur ancien concierge est victime du laisser-aller de l’Etat, qui n’a pas exécuté de renvoi. «Cette situation est humainement difficile, reprend Philippe Leuba. Le mieux que peut faire son comité de soutien, c’est l’aider à faire son deuil, à accepter une aide au retour.» Pas certain que Mohamed Bangoura, 47 ans, l’entende de cette oreille. «Je n’ai pas d’avenir là-bas. Ma vie est ici», répète-t-il.

Deux points essentiels opposent Orbe et Lausanne. Les Urbigènes vont tenter de prouver que Mohamed Bangoura n’a jamais disparu de la circulation. Le Conseil d’Etat dit ne pas pouvoir déposer de demande de permis de séjour suite à l’absence de pointage du requérant pendant trois ans au Service de la population. S’y ajoute le débat sur ses origines. Berne se base sur trois expertises et un document de vol établi par la Guinée pour y renvoyer Mohamed Bangoura. Les Urbigènes tentent au contraire de trouver des témoignages dans le nord de la Sierra Leone, une région pour le moins difficile d’accès, prouvant que leur ami y est né. Son permis N arrive à échéance fin janvier.

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