2019-07-18 14:44

Des forêts de l’Hongrin vieilliront loin de l’homme

Nature

La 2e plus vaste réserve forestière vaudoise a été créée au Pays-d’Enhaut. Objectif: y favoriser le retour de la biodiversité.

Une micro-partie des arbres qui seront protégés par la réserve forestière vaudoise du Pays-d'Enhaut.

Une micro-partie des arbres qui seront protégés par la réserve forestière vaudoise du Pays-d'Enhaut.

(Photo: PATRICK MARTIN)

  • David Genillard

Sur les pentes du vallon de l’Hongrin poussent des forêts qui semblent sortir d’une légende arthurienne ou d’un roman de Tolkien: épicéas vénérables, érables tapissés de lichens, sapins effondrés et mangés par la mousse. Difficilement exploitables en raison de leur éloignement et des coteaux escarpés, ces bois ont naturellement pris des airs sauvages au fil des décennies.

Une partie d’entre eux pourra continuer à vieillir en toute quiétude: le Canton de Vaud vient de créer une réserve forestière de 350 hectares dans ce secteur, à cheval sur Veytaux, Villeneuve, Rossinière et Château-d’Œx. Il s’agit de la 2e plus vaste du canton, derrière celle de la Pierreuse (1142 ha, dont 620 en forêt), également située au Pays-d’Enhaut.

Cycle naturel

Ces forêts vivront sans la moindre intervention humaine, au moins pour les cinquante années à venir. «L’objectif est de laisser les arbres suivre leur cycle naturel pour favoriser la biodiversité, y compris leur dégradation, explique Serge Lüthi, inspecteur forestier pour le Pays-d’Enhaut et de Montreux, Veytaux et Villeneuve. À chaque étape, des espèces spécifiques – insectes, champignons, lichens – les colonisent.» Et Aline Sciacca, ingénieure forestière rattachée à la région Est, d’illustrer: «Ces milieux sont déjà riches. Sans avoir le statut de réserve, ces forêts ont pu vieillir naturellement. Cela a permis par exemple au lichen pulmonaire, qui ne s’installe que sur des érables d’un certain âge, de se développer.» Ce lichen figure sur la liste des espèces considérées comme vulnérables en Suisse.

L’objectif est aussi de retrouver une variété d’essences. Fief de l’exploitation forestière jusque dans les années 1950 – «l’Hongrin et la Sarine ont été les derniers cours d’eau sur lesquels le flottage a été pratiqué en Suisse», indique Serge Lüthi – le vallon a vu l’épicéa favorisé par l’homme. Le retour à une dynamique naturelle doit permettre à d’autres essences de repeupler la région: hêtres, sapins blancs, érables. Quel intérêt pour les propriétaires – dans ce cas, principalement des privés et les communes de Villeneuve, Veytaux et Rossinière – à abandonner leur bien à la nature? «Ils touchent une indemnité pour compenser la perte induite par l’impossibilité d’exploiter ces surfaces», répond l’inspecteur forestier. Difficile de chiffrer le prix de cette manne à l’hectare: «Il dépend de nombreux facteurs, dont l’altitude ou l’accessibilité…» explique Aline Sciacca. Pour la nouvelle réserve, le montant total des subsides cantonaux et fédéraux atteint 525'000 francs.

Gestion mal comprise?

Si l’exploitation de ces forêts est désormais prohibée, il sera toujours possible d’y pratiquer la randonnée, la cueillette ou la chasse, rassure la Direction générale vaudoise de l’environnement (DGE). Reste que la vision de sous-bois laissés à l’abandon n’est pas du goût de tous les promeneurs: «On entend encore des remarques de certaines personnes qui reprochent aux forestiers de ne pas les nettoyer, sourit Serge Lüthi. Ce type de gestion est relativement récent et pas toujours compris. Il l’est davantage par la nouvelle génération, sensibilisée à la question de la biodiversité.»

Près de 3400 hectares de forêts vaudoises sont aujourd’hui placés en réserve, soit 3% de la surface boisée du canton. À terme, le DGE entend atteindre 10%, soit 10'000 hectares.

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