2018-03-31 14:13

Rétropédalage dans les grandes largeurs à Vevey

Logement

Après avoir résilié les contrats de trois régies, la Municipalité les prolonge d’un an

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  • Stéphanie Arboit

«Nous sommes très satisfaits.» Raison de la bonne humeur de Jacques Delessert, directeur de la régie Rilsa? «Nous avons reçu ce matin (Ndlr: jeudi 29 mars) un courrier de Vevey selon lequel nos contrats sont prolongés d’un an, jusqu’au 30 juin 2019.»

Il s’agit là d’un rétropédalage en règle de la part de la Ville. Les locatifs communaux ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Trois régies (Bernard Nicod, Rilsa et Domicim), qui géraient 273 logements appartenant à Vevey, avaient vu leurs contrats résiliés au 30 juin. Stupeur de ces dernières lorsqu’elles avaient appris par la presse que non seulement ces appartements mais aussi l’ensemble des 433 biens locatifs étaient en retour confiés à la Société Coopérative d’Habitation Lausanne (SCHL).

Double problème: cette annonce du 7 novembre était signée de trois municipaux sur cinq. De plus, comme l’avait révélé «24 heures» en janvier, une telle démarche risquait de contrevenir à la loi sur les marchés publics. En effet, la collectivité publique doit inviter au minimum trois sociétés à déposer une offre dès que le montant du contrat excède 150 000 fr., et procéder à la publication d’un appel d’offres dès 250 000 fr. D’une valeur à Vevey de 144 000 fr. annuels pour seulement 298 logements, le montant en jeu sur plusieurs années dépasserait donc ces sommes.

Plainte pénale en vue

La Municipalité a donc pris acte. Dans sa dernière édition, «Le Régional» a révélé que la Ville ne confiera pas la gestion technique de ses biens locatifs à la SCHL. Ni Étienne Rivier, municipal actuellement en charge des gérances, ni Michel Agnant, à qui les gérances ont été promises depuis le début de la législature, ne commentent la situation. Tous deux renvoient à la syndique. Qui n’est pas plus diserte: «L’article du «Régional» contient des informations confidentielles. La Municipalité se réserve le droit de dénoncer ce cas au Ministère public. Nous ne ferons pas d’autre commentaire tant que l’affaire est en cours. L’Exécutif communiquera en temps voulu.»

Futur appel d’offres

Dans une communication au dernier Conseil du 15 mars, la Municipalité avait affirmé vouloir finaliser un contrat avec la SCHL, «pour une durée d’une année» seulement. «Nous n’aurions pas accepté, car nous aurions gaspillé beaucoup d’énergie et un tel transfert de courte durée serait dommageable pour les locataires, affirme Ilhan Büchler, directeur de la SCHL. Mais nous avions déposé une autre offre, sur laquelle nous attendions que la Municipalité nous réponde.» Le directeur ne se dit toutefois «pas déçu»: «Outre notre offre, nous avions de toute façon signifié que nous étions prêts à nous retirer, dans un souci de ramener l’apaisement. Si cette opportunité ne se réalise pas, nous espérons d’autres collaborations avec Vevey, sur la construction d’immeubles par exemple, puisque nous sommes investisseurs. Et si la Ville procède à un appel d’offres en 2019, nous déposerons notre candidature.»

Cette solution semble se profiler, selon Jacques Delessert: «Étienne Rivier nous a dit par téléphone que nous serons conviés au prochain appel d’offres. Nous serons alors retenus ou pas, mais au moins cela se fera dans les règles, ce qui n’avait pas été le cas pour le recours à la SCHL.»

Pour l’heure, tant Rilsa que Domicim ou Bernard Nicod ont répondu par l’affirmative à la continuation de leur relation contractuelle avec la Ville. «Ce n’est qu’un report de résiliation, cela se fait dans tous les types de contrats», estime Jacques Delessert. Un avocat spécialiste du domaine confirme: «Il est possible de réactiver un contrat résilié.» Pour un an et pour une somme de 144 000 fr. divisée en trois entités, la loi sur les marchés publics autorise une attribution de gré à gré.

Au grand dam du parti Décroissance-Alternatives, qui souhaite une réinternalisation (comme la minorité municipale) et a communiqué à ce sujet jeudi – en latin: «L’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique.»

24 heures